Conseils de lecture

La nuit du renard, roman

roman

Albin Michel

19,50
par (Libraire)
8 avril 2020

Un livre avec un suspense époustouflant !

Dans ce livre je suis restée attachée par une ficelle ensorcelante qui m'a emmenée dans les chemins du trouble, de l'inquiétude, de l'angoisse de la nuit, et dont chaque page se tournait avec la fièvre montante et le cœur en arrêt.
La voix narratrice qui raconte l'histoire se mêle aux voix intérieures des personnages, et la surprise devant les liens qui se créent entre eux est comme une pâte de qualité, bien pétrie, bien levée. Mais le nuage menaçant annonçant l'approche du danger plane au dessus de tous et fait accélérer le rythme cardiaque du lecteur.
Tout est lié, tout se répond, tout se croise, un vrai puzzle dont les pièces se mettent en place au fur et à mesure que le rythme s'accélère et la tension monte. Et elle monte la tension !
Se remettre en question, penser à la douleur de l'autre, garder le doute et prendre du recul, ne pas se laisser aller au gré des mauvaises émotions, de la haine, du rancœur, faire un effort pour aller vers l'autre, l'écouter, s'écouter et se remettre en question, tout est un extraordinaire, formidable et remarquable APPEL CONTRE LA PEINE DE MORT, dont la réponse est à la toute dernière page.
Et Voltaire est cité comme il se doit : "Je ne propose pas sans doute l'encouragement du meurtre, mais le moyen de le punir sans un meurtre nouveau."
Des clins d'œil qui ne m'ont pas échappé et que j'ai dégustés, je l'espère, avec le même bonheur que l'auteure : L'ultime razzia (The Killing) de Stanley Kubrick, 1956 et Le port de la drogue (Pickup on South Street) de Samuel Fuller, 1952.

Coup de cœur de Diana.


Un océan d'amour
25,50
par (Libraire)
8 avril 2020

Quel enchantement !

Comme quoi, on le sait très bien d'ailleurs, il n'y a pas besoin de mots pour dire bien les choses, pour raconter une histoire, pour émouvoir.
L'histoire simple d'un pêcheur, ah, je me reprends, pas si simple que ça. Il y a la routine, le rituel des gestes quotidiens, le goûter que sa femme lui prépare amoureusement avec les sardines en boîte dont il en a marre !
Mais il y a le naufrage, l'attente de la femme, et le départ à la recherche de son homme, en bateau, en avion jusque dans des contrés lointains. La bretonne ne se laisse pas faire, surtout quand le homard est mal préparé. Et les crêpes, ces crêpes bretonnes qui font vite le tour du monde pour le bonheur de tous. On ne s'étonne pas !
Plus de 200 pages de péripéties et de rebondissements, jusqu'aux retrouvailles, quelle pêche ! épicée, savoureuse et bio, à la sauce d'humour et d'amour, à consommer sans modération !

Coup de cœur de Diana.


LES VOISINS MODE D'EMPLOI - ENFERMEE DEHORS
10,00
par (Libraire)
7 avril 2020

Moi, je me suis amouraché de personne

"Papa s'est amouraché de la femme avec qui il partage un jardin potager... Maman s'est amourachée de la compagnie aérienne qui l'emploie et avec laquelle elle passe de plus en plus de temps... Et moi, je me suis amouraché de personne."

Nous suivons notre héroïne de 11 ans livrée à elle-même toutes les semaines. Elle n'a pas le choix, elle est seule et n'a personne à qui parler. Cependant, elle adore enquêter ! Un soir, elle décide de descendre à l'étage -1, le vide-ordure. Sauf que, la porte de son appartement se referme avec les clés à l'intérieur ! Catastrophe, elle est enfermée dehors.
Il ne lui reste plus qu'une option, allez demander de l'aide à un voisin. C'est alors qu'elle va faire la connaissance de monsieur Martin, le voisin du dessus. Une relation étonnante va naître entre eux !

Ce petit roman jeunesse saura vous attendrir, vous étonner et surtout vous embarquer dans une aventure surprenante !

Lou


Nos espérances
22,00
par (Libraire)
4 avril 2020

3ème roman de Anna Hope, encore une réussite ! Cela commence par l'enfance et l'amitié entre trois jeunes filles, les rêves, les espoirs, les projets.
On les retrouve à la trentaine, elles ont fait des choix, choisi un chemin, bien loin des rêves de l'enfance... Et pourtant, tout est encore possible. Courageuses, elles vont, petit à petit, revenir à elles-mêmes, se poser des questions et se remettre en question, découvrir de petits chemins de traverse pour finalement retrouver du sens et se rapprocher de leurs valeurs. Avec son écriture délicate, ces histoires simples, Anna Hope nous parle de la vie.
Quelle agréable lecture !

Vanessa


Dans les forêts de Sibérie, Février - juillet 2010

Février - juillet 2010

Folio

8,00
par (Libraire)
3 avril 2020

La richesse de la solitude

Il y a dix ans Sylvain Tesson se confinait volontairement pendant six mois dans une cabane en Sibérie. Lire ou relire son journal quotidien prend une valeur supplémentaire en cette période. Mais pas seulement, tellement ce texte magnifique ouvre des perspectives sur nos vies.

28 février, cela fait 13 jours que Sylvain Tesson s’est volontairement confiné dans une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Il tient son journal et écrit:
« (…) Ce n’est pas rien d’être grains de poussière en ce monde.
Voilà que je m’intéresse à la poussière. Le mois de mars va être long ».

C’est le genre de sentence, encore plus pertinente en période de confinement généralisé, qui m’a fait entrer définitivement dans l’univers de Sylvain Tesson. Et pourtant ce n’était pas gagné. J’avais commencé par « Sur les chemins noirs », séduit par les critiques, les prix, la « reconstruction » d’un homme passé près de la mort. Et puis les premières pages m’avaient vite rebuté, encore un récit de voyage au jour le jour, une traversée de la France. Rédacteur en chef d’une revue de cyclotourisme j’en avais soupé des bivouacs de pèlerins à vélo refaisant le monde, parce qu’ils dormaient le soir sous la tente, interrogeant les étoiles sur leur destinée. J’avais donc posé mon sac dès les premières pages, laissant l’écrivain monter seul vers la Manche.

Et puis il y’eut Vincent Munier, déjà découvert avec « Arctique » et qui publiait un nouvel ouvrage sur le Tibet. A côté de ces photos, gravées pour toujours dans ma mémoire, de petits textes, des aphorismes, des pensées magnifiques. De pures merveilles, des petits bijoux d’intelligence et de réflexion. Et un livre intitulé simplement « La Panthère des Neiges ». Le tout signé de Sylvain Tesson. Alors j’ai repris mon sac à dos, l’esprit plus ouvert, oubliant le récit de voyage. Et j’ai remonté les Chemins Noirs, faisant route en sens inverse. Et j’ai découvert une prose magnifique, des considérations philosophiques, historiques, géographiques dont on voudrait retenir tous les termes. Je remontai le temps à rebrousse poil et entamai après ce 17 mars 2020, la lecture de « Dans les forêts de Sibérie », un ouvrage en écho avec la situation actuelle. Une différence cependant, mais de taille: Tesson se confine volontairement pendant six mois loin de toute vie humaine par moins 35 degrés sans autre ambition que de réfléchir: « Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis promis alors de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie ».

Une des forces majeures de ce journal réside dans cette modestie et l’absence de leçons clamées à tout vent au monde. Tesson raconte ses gestes, sa vie, ses activités limitées à l’observation, la marche, la survie, la réflexion mais il refuse à tout moment de donner des leçons, d’inciter à un retour à la nature. Il ne croit plus aux injonctions collectives (il est vrai que la proximité du goulag fait réfléchir), il ne propose pas un cours d’écologie ou un modèle de vie. Lucide il précise que la décroissance nécessiterait l’impossible venue d’un despote éclairé tant la nature humaine est imparfaite. Il pense et vit pour lui même et si ses pensées peuvent être utiles à d’autres tant mieux. Sinon tant pis.

Ce journal est donc riche. Riche de descriptions de la nature, riche d’aphorismes, riche de pensées originales. A sa manière c’est une forme de sagesse qui transparait mais une sagesse individuelle, intérieure. La joie d’être réveillé chaque matin par les mésanges qui frappent à la fenêtre, ou d’entendre les craquements du lac sous l’effet du dégel suffisent souvent à dompter le temps, ce temps que l’on cherche à fuir dans les agglomérations:  « L'homme libre possède le temps. L'homme qui maîtrise l'espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on ne sait même plus qu'il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont ». Il faut donc prendre son temps pour lire cet ouvrage, savourer chaque mot, chaque pensée. Réfléchir.

On ne saurait réduire ce livre à des aphorismes, surtout pas, et ne manque jamais l’heureuse distance ironique que produit le fait de se regarder le nombril. L’humour est omniprésent pour rappeler notre impuissance à vouloir appréhender le monde.

J’ai écrit dans ma tête, cette modeste chronique en désherbant les pieds d’une haie. En coupant le lierre envahissant, je me suis demandé si j’arrêtais la vie ou si je la multipliais par deux en scindant les racines et aussi si … Malheureusement je n’ai pas le talent de Sylvain Tesson pour pousser plus loin la réflexion et transformer une simple constatation en aphorisme inoubliable.
Mais en regardant les mètres de haie qui me restent à désherber en solitaire, avec mes seules mains et ma pensée (même réduite et limitée), je me dis que finalement le mois d’avril ne sera pas aussi long que prévu.

Eric