Conseils de lecture

La plus précieuse des marchandises, Un conte

Un conte

Jean-Claude Grumberg

Le Seuil

12,00
par (Libraire)
21 mars 2019

Incroyable.

Un conte merveilleux qui évoque un des plus horribles et plus inhumains moments de l'Histoire : La Shoah.

C'est avec grand talent que l'auteur nous embarque dans ce récit qui nous remue au plus profond de nous-même.

Coup de cœur de Marie.


LE CANARD LE PLUS PARESSEUX DU MONDE ET AUTRES INCROYABLES RECORDS
8,00
par (Libraire)
21 mars 2019

Mieux que le Guinness Book !

Connaissez-vous...
Le conte de fées le plus cucul la praline du monde ?
Le concours de saccage de colis ?
L'araignée la plus poilue du monde ?
Non ? Et bien retrouvez toutes ces informations ULTRA MEGA importantes dans ce livre !

Coup de cœur de Lou.


La nuit se lève
15,00
par (Libraire)
21 mars 2019

Chapeau madame Quin !

Avec humour, auto dérision, lucidité et pudeur Elisabeth Quin, journaliste sur Arte, raconte la découverte du glaucome qui peut l'amener à la cécité. Son récit, à travers des chapitres courts, est empreint de sincérité et sans pathos.

Coup de cœur de Marie.


Ada

Barbara Baldi

Ici Même

24,00
par (Libraire)
20 mars 2019

Une BD majeure.

Barbara Baldi nous offre avec « ADA » une Bd exceptionnelle où les dessins sont des oeuvres d’art à part entière. Une BD majeure.

Les romans graphiques deviennent de plus en plus épais et le « roman », depuis quelques mois, l’emporte souvent sur le « graphique ». Dans cette tendance « Ada » fait figure d’exception. Exception comme exceptionnelle car autant l’écrire de suite, cet ouvrage taiseux est une pure merveille graphique.

On pourrait se croire en feuilletant d’abord l’ouvrage dans un conte pour enfants avec les forêts étouffantes et les images en gros plan glaçantes d’un ogre. L’ogre c’est en fait le père d’Ada, double de l’écrivaine, un bûcheron qui vit en 1917 en Autriche, dans une forêt près de Vienne, la capitale proche et lointaine où Schiele et Klimt cherchent de nouvelles partitions picturales. Ce père, dont l’épouse s’est sauvée, et qui ressemble avec son énorme moustache à Staline, est autoritaire, violent et interdit à Ada la lecture et la peinture, deux passions salvatrices et empreintes d’espoir pour l’adolescente. Ada à sa manière, silencieuse et a priori résignée, va pourtant résister.

Ce combat raconté à distance est celui d’une jeune fille qui utilise aussi son attachement à la nature pour se construire un monde intérieur lui permettant de grandir en dehors des vociférations et injonctions paternelles. Cette nature, souvent ténébreuse mais éclairée parfois par un soleil rasant ou une lampe à huile comme des signes lumineux d’espoir, est majestueusement peinte et dessinée. Des panoramiques ou des pleine pages verticales créent une atmosphère étouffante et pesante quand le père impose à sa fille des travaux lourds et pénibles mais deviennent sources d’intimité et de bonheur quand Ada se retrouve seule au milieu des arbres et des animaux. Les aquarelles retravaillées à l’ordinateur relèvent du plus grand talent et chaque dessin est une oeuvre d’art à part entière. Les effets picturaux sont multiples et parfois, comme dans une photo, la mise au point est fixée sur un détail, un objet, laissant dans le flou un environnement cotonneux et protecteur. On croit voir parfois un tableau de Turner et la rousseur d’Ada semblable à celle de la dessinatrice révèle le caractère partiellement autobiographique de l’ouvrage.

La simplicité de l’histoire pourrait sembler insuffisante pour nourrir une centaine de pages mais le silence permet à l‘autrice d’aller à l’essentiel et de maintenir notre attention sur la force intérieure qui anime Ada. On sent avec elle le froid qui pénètre le corps, on ressent le vent qui balaie la chevelure, on est transpercé par la pluie qui accompagne un acte odieux du père. Et surtout Barbara Baldi nous emmène avec elle sous les cieux, personnage à part entière qui renforce le sentiment de solitude d’une jeune fille enfermée dans une prison sans barreau et qui se sert de la beauté du monde pour se sauver dans des terres inconnues. Même quand l’hiver et la nuit étouffent les pas et les mots.

"ADA" : un livre, que l’on prend, reprend, pour s’immerger en quelques secondes dans un univers d’émotions et de sentiments.

Eric Rubert


Les gratitudes
17,00
par (Libraire)
15 mars 2019

Un roman bref et poignant.

Quand les mots se perdent et se défilent, la vieillesse approche. Delphine de Vigan, dans un roman bref et poignant, sait trouver les mots justes pour raconter cette fin de vie. Subtil et tendre.

Cela commence par un petit oubli, une petite difficulté. L’impossibilité de dire deux syllabes. Un mot:  « D’accord » qui se transforme systématiquement en « D’abord ». C’est un signe: le début de la vieillesse. Le début de la fin. C’est cela la vieillesse: une soustraction quotidienne.

Ce destin qui nous attend tous, c’est celui de Michka, une vieille femme pour qui « avant ça allait. Après ça n’allait plus ». En une journée tout bascule et Michka va devoir quitter son logement pour aller, non pas en maison de retraite, ce lieu qui incluait le mot rassurant de « maison » mais en Ehpad, cinq lettres qui annoncent, par leur sécheresse, la fin de tout. Il faut alors apprendre à vivre ailleurs que chez soi, dans cette pièce où l’on surveille tout, où l’on fait tout pour vous, vous sécurisant, vous protégeant. Vous retirant la possibilité d’être « vibre…. vous comprenez », libre en fait. Pourtant Micha ne peut partir ainsi. Elle a contracté une dette, enfant, envers deux personnes, qui l’ont hébergé et sauvé pendant la guerre, un couple à qui elle a envie de dire « merci », comme une manière de dire merci à la vie une dernière fois.

Heureusement, elle n’est pas seule Michka, pas totalement, pas vraiment. Il y a Marie cette jeune femme, délaissée par sa mère et dont Michka s’est souvent occupée. Il y a Jérôme, l’orthophoniste, qui essaie de retarder la perte des mots, la perte de la vie. Retarder la mort, ce lieu de silence.

Ces trois là, à leur manière, pratiquent la gratitude, comme les acteurs de l’ouvrage précédent de Delphine de Vigan, pratiquaient la loyauté. Sans pathos, en utilisant parfaitement les difficultés d’élocution de Michka, pour donner de nouveaux sens à des conversations parfois surréalistes, même drôles, l’auteure établit un portrait poignant et réaliste de la condition humaine. Savoir aimer est beau et nécessaire. Savoir le dire est aussi indispensable.
Les dialogues sont brefs, simples, mais le réalisme n’est jamais loin, celui d’une réalité économique, matérielle qui fait de cette dernière partie de la vie un problème sociétal où prédomine le souci de maintenir les battements cardiaques le plus longtemps possible, mais pas les battements du coeur.

« Vieillir, c'est apprendre à perdre » écrit Delphine de Vigan mais lire ce superbe roman c’est gagner un peu, beaucoup, passionnément de tendresse. Et de gratitude. Merci Delphine de Vigan.

Eric Rubert.