Pour suivre notre actualité, les rencontres d'auteurs, les ateliers, les coups de coeur... abonnez-vous à la newsletter de La Grande Ourse !

Conseils de lecture

Metaphysical adventures in physical culture

Alison Bechdel

Denoël

26,00
Conseillé par
24 novembre 2022

Autoportrait de l'artiste en coureure de fond

Troisième volet de cette autobiographie graphique. L'auteure attaque la soixantaine comme une côte à vélo, avec des doutes, un corps qui résiste comme il peut, la disparition des proches et les questions qu'ils laissent derrière eux. L'athlète du dessin de presse et de l'introspection poursuit sa recherche personnelle du sens et du tracé, du récit intime et de l'histoire des Hommes. Pourquoi cette remise en cause permanente, au risque de se perdre au milieu des aimés ? Cette quête du dépassement et de la solitude est-elle essentielle à la création et à la culture de soi ? Histoire moderne de l'artiste en femme et en questions.

Anne-Marie


20,00
Conseillé par (Libraire)
9 novembre 2022

Le Courage des oiseaux

Prix Goncourt 2022, "Vivre vite" de Brigitte Giraud est un roman bouleversant. 20 ans après le décès de Claude, son mari victime d'un accident de moto, elle mène une enquête intime, obsessionnelle, "maniaque" dit-elle, pour tenter de comprendre comment cela a pu arriver, par quel enchaînement de circonstances, elle a perdu l'amour de sa vie. Ce roman nous mène au cœur de ce qui fait nos vies. C'est à la fois une magnifique déclaration d'amour et une chronique des années 1990 bourrée de références musicales (comme la chanson de Dominique A "Le Courage des oiseaux"). Ce n'est pas un roman de deuil, c'est un roman de vie, universel.

Éblouissant.

Vanessa


Le Rouergue

21,50
Conseillé par (Libraire)
9 novembre 2022

Un superbe roman

Après le très bon "Entre fauves", Colin Niel renoue avec un territoire qu'il connaît bien, La Guyane. Il nous plonge dans la forêt amazonienne à la fois magnifique et inquiétante. Darwyne s'inspire des contes d'Amazonie avec une dimension étrange. C'est aussi un roman noir, un roman social très réaliste. Avec son bidonville, la précarité des immigrés et, surtout, car c'est le coeur du livre, les violences familiales. Darwyne est un enfant pas tout à fait comme les autres qui voue un amour total à sa mère, malgré tout... Colin Niel sait à merveille explorer la complexité des êtres, leurs faces sombres et lumineuses.
Très bien écrit, très bien construit, ce roman ne vous laissera pas indifférent.

Vanessa


Jonathan Franzen

Éditions de L'Olivier

26,00
Conseillé par (Libraire)
9 novembre 2022

"Ca ressemble à la vie"

New Prospect, une banlieue aisée de Chicago. Son église protestante, son pasteur, Russ Hidebrandt, et sa famille, sa femme Marion et leurs quatre enfants, dont trois adolescents, Clem, l'ainé, déjà étudiant, Becky, la jeune fille populaire, et Perry. le surdoué fragile. On est à la veille de Noël 1971, «deux fronts d'air gris complotent pour apporter de la neige ». On comprend vite que ce sont d'autres tourments qui s'annoncent, ceux que vont traverser ces cinq personnages qu'on va suivre tour à tour, au fil de cette journée, mais aussi de nombreux retours en arrière, tout au long de ce roman touffu et addictif, comme savent si bien les écrire les Américains. Tous les cinq sont en crise : Russ ne parvient pas à se remettre d'un humiliation subie trois ans auparavant, et peine à résister à son attirance pour une séduisante paroissienne ; Marion, obsédée par son poids, confie longuement à sa psychiatre un épisode dramatique de son passé ; Clem, en conflit avec son père, choisit d'arrêter ses études ; Becky est tiraillée entre sa foi et un amour naissant ; Perry bascule petit à petit dans la drogue. Tous sont terriblement attachants même s'ils sont aussi, et en même temps, détestables, désolants, ou pathétiques.
Dans un passionnant entretien donné à Télérama*, Franzen explique qu'il découvre au fur et à mesure qu'il écrit qui sont ses personnages. Il nous les fait ainsi progressivement découvrir, au fil de la lecture. « Voilà pourquoi », ajoute-t-il « écrire ou lire un roman est passionnant : parce que ça  ressemble à la vie, où l'on ne sait pas immédiatement tout sur les gens qu'on rencontre ». De ce point de vue Crossroads est une réussite : une fois qu'on l'a commencé, on ne le lâche plus.
Roman du « passage des âges », Crossroads peut être lu aussi comme une chronique nostalgique d'une Amérique qui a disparu , celle de la lutte pour les droits civiques, et contre la guerre au Vietnam, celle où la religion (très présente dans le roman) portait d'autres valeurs que le conservatisme.
La fin du roman, abrupte, surprend. On se souvient alors que Franzen (toujours dans l'entretien donné à Télérama) nous a annoncé que Crossroads était le début d'une trilogie. On attend la suite avec impatience

Jean-Luc

* Numéro 3792, du 14/09/2022


30,00
Conseillé par (Libraire)
6 novembre 2022

Au sommet !

C’est une couverture qui parle aux lecteurs de Rochette: la silhouette d’un animal, une crête, un sommet en arrière plan et ce ciel uniformément bleu, le « Bleu Rochette », celui de Ailefroide ou le Loup. Avec La Dernière Reine, le dessinateur grenoblois élargit son domaine. La montagne est présente, fil conducteur obligatoire mais Rochette fait comme si il osait une première par une face encore non gravie, celle d’un amour entre une femme et un homme. Pour réussir cette ascension il fallait rencontrer une femme, l’histoire d’une femme. Dans la réalité elle s’appelait Jane Poupelet (1874-1932). Dans la BD elle s’appelle Jeanne Sauvage. Elle est sculptrice animalière à Paris. Lui s’appelle Edouard Roux, il est une gueule cassée de 14-18. Elle répare avec des masques les visages des hommes défigurés. Il est un sauvageon du Vercors élevé par sa mère. Il monte à Paris avec son sac sur la tête. Sous ses doigts à elle, le sac devient voile et un visage est retrouvé.
Jeanne va faire découvrir à Edouard le monde de l’art, Edouard va emmener Jeanne dans le Vercors cette région où en 1898 fut tué le dernier ours, la dernière reine, la région d’une forêt primaire, le lieu d’un retour possible à la vie primitive.

L’auteur, contrairement à ses albums précédents, ouvre de multiples portes mais sans jamais perdre le lecteur. La noirceur côtoie le regret d’un monde perdu mais le peintre ne donne pas de leçon morale. Il donne à voir les espaces infiniment beaux et nous amène à réfléchir à notre rapport à la nature.

Rochette n’est pas du genre à minauder, à faire semblant, aussi le croit-on totalement quand il dit que c’est l’écriture du récit et des dialogues qui le passionnent, que son plaisir principal est là, à cet instant de la création et que le passage au dessin est « besogneux », difficile. Obligé de le croire certes mais pas obligé de le suivre. Le dessin de Rochette est au diapason de ses récits et comment pourrait on reléguer au second rang ces pages silencieuses, pas indispensables a priori, qui montrent en quatre cases panoramiques le coucher et le lever du soleil sur les cimes? Le silence, l’absence totale de mots et pourtant l’expression par le dessin, la couleur, d’un moment de grâce indicible.

« Fais de moi un nuage » demande Jeanne à Edouard mais aussi à Rochette, le peintre, qui va s’exécuter pour nous dans des pages sublimes.

A travers l’omniprésence imposante de l’Ourse, Rochette nous ramène aux origines, aux grottes rupestres, à l’animisme quand l’esprit des hommes et des animaux se confondait, quand les forêts n’étaient pas plantées pour faire des planches de cercueils. Dans les face à face nombreux et silencieux ce sont les regards des ours, des cerfs, des aigles qui nous percent, nous dévoilent et nous figent.

Le livre terminé, on a lu d’un trait l’histoire, il nous reste aussi en mémoire les images magnifiques d’un couple uni, mélangé, absorbé dans la glaise d’une sculpture. Texte et images, Rochette réussit ici la fusion de deux expressions qu’il maitrise au plus haut point pour en faire une oeuvre rare.