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Conseils de lecture

Conseillé par (Libraire)
23 janvier 2023

UNE FIN JUBILATOIRE

Ce qui est bien avec Pennac, en cette période de froidure, c’est qu’il nous donne des rendez-vous bien au chaud, comme des habitudes, des rituels, des envies de se glisser sous la couette pour y retrouver de bons vieux amis. Sous la couette mais en tout bien tout honneur bien entendu. On s’installe et il nous raconte ce qui arrive à cette famille Malaussène, famille tentaculaire dont on sait tout, ou presque, depuis plus de trente huit ans et le « Bonheur des ogres ».

C’est bien de connivence qu’il s’agit, celle forgée entre nous et ses personnages multiples, aux visages et aux formes si bien saisis par Tardi, aux noms et aux surnoms improbables et pour lesquels, il faut bien avouer, un arbre généalogique, en début, et un répertoire des personnages, en fin, nous aident à retrouver la trace. Juste pour vous remettre les idées à l’endroit, faire marcher votre cortex et votre mémoire. Sachez donc que vous allez retrouver Maracuja dite Mara, C’est un Ange dit Sept, la Juge Talvern dite Verdun mais aussi Claudia Cardinale et encore plus inédit JR faisant voler au dessus des toits parisiens, le cimetière du Père Lachaise.

Pas d’inquiétude pourtant, vous allez vite reprendre vos marques et le fil de l’histoire commencée il y a six ans. Dans le tome 1 de l’épisode précédent, « Le cas Malaussène: ils m’ont menti » des membres de la famille enlevaient un richissime homme d’affaires influent, Georges Lapièta, pour monter notamment une oeuvre artistique vivante, une « installation ». Mais chez les Malaussène, qui possèdent des amis chez les truands, les flics, les riches, les pauvres, rien ne se passe comme prévu et même avec le sourire les cadavres et les flaques de sang déboulent dans le premier escalier venu, celui des premières pages quand de faux flics et de vrais truands se tirent dessus avant de remettre cela quelques chapitres plus loin quand les mêmes recherchent un propriétaire de camion-librairie parti en balade pour des retrouvailles de nouveau troublées par des fusillades meurtrières. Vous l’aurez compris on ne s’ennuie guère et la construction habituelle de Pennac, qui saute de situation en situation, alternant les lieux, les personnages nous montre qu’en matière de roman policier il n’y a pas que les enquêtes millimétrées de Agathie Christie ou les ambiances noires de Dashiell Hammett. Il y a l’humour, la tendresse de Belleville. Et ces monologues de Benjamin Malaussène que l’on a envie d’apprendre par coeur et de réciter sur une scène de théâtre.

Cette fois ci ce n’est pourtant pas un membre de la tribu qui occupe la place centrale. C’est Pépère et « Pépère, c’est Pépère » comme dit le répertoire des personnages. C’est le chef des méchants, « il a la mort dans le sang ». Il est bien entouré, ou mal entouré, cela dépend de quel côté on se place. Kamel, Kébir, Léo, Marguerite l’assistent et tous, qui n’ont pas ses facultés de détachement, vont susciter des situations gênantes et compromettantes. On n’a guère envie de vous en raconter plus, et à dire vrai on aurait du mal, tant cela court, galope des Fruits de la Passion, un orphelinat à la Quincaillerie où habite la famille Malaussène. Même les cadavres avec Pennac donnent souvent envie de sourire et leur trépas glisse jusqu’à la ligne suivante avec une facilité désarmante.

L’auteur nous dit dans son titre lui même qu’il s’agit là de son dernier Malaussène. Le lecteur n’est pas obligé de le croire car tous les membres de la fratrie ne sont pas morts en 2023, loin de là, et « tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir ». Et tant qu’il y a de l’espoir, on peut penser que Pennac, pris de remords, se remettra au travail pour que nous puissions de nouveau nous glisser sous la couette en écoutant de belles histoires.


Sabine Wespieser Éditeur

Conseillé par (Libraire)
20 janvier 2023

A découvrir !

Un premier roman très actuel et féminin. Une femme célibataire décide d'avoir un enfant avec la PMA en Espagne. Le 1er chapitre s'ouvre sur la voix de l'enfant qui découvre la vie et sa mère ! Cette naissance va bouleverser la famille et l'entourage. Les chapitres s'enchainent avec les regards des femmes, l'amie, la soeur, la mère...
Un premier roman à la fois mordant, ironique et doux !

Vanessa


Conseillé par (Libraire)
20 janvier 2023

Il était une fois...

Il était une fois un policier maigrichon et obsédé sexuel, un géant féru de poésie, une jeune fille belle et pauvre,... dans un pays inconnu à une époque indécise mais étrangement familière...
C'est une histoire terrible, c'est un conte.
Avec l'écriture splendide de Philippe Claudel !

Vanessa


Conseillé par (Libraire)
20 janvier 2023

Eclairant

Richard Malka, avocat et écrivain, ne mâche pas ses mots. Il connait parfaitement bien la religion musulmane et nous raconte les origines du Coran et ses évolutions, il re place ce texte dans son contexte historique. Il appelle à un Islam des lumières. Une voix éclairée et éclairante.

Vanessa


Conseillé par (Libraire)
17 janvier 2023

LE MEILLEUR ROMAN DE MH LAFON

La quatrième de couverture dit simplement: « Années 1960. Isabelle, Claire et Gilles vivent dans la vallée de la Santoire, avec la mère et le père. La ferme est isolée ». C’est peu mais c’est tout. On n’a guère envie d’ajouter à ce résumé tant ce court roman n’appelle pas les digressions, les raccourcis. Marie Hélène Lafon depuis une quinzaine de romans nous a habitués à dire l’intime, les silences d’un monde rural à l’écart. On se retrouve donc de nouveau dans ce Cantal où la rivière La Santoire coule comme un prolongement des romans antérieurs, un lien qui unit tous ces hommes et femmes qui essaient tant bien de mal de vivre en cherchant leur place dans la nature et dans le monde des « autres ».

Trois voix nous sont données à entendre. La plus importante est celle de la mère qui, en cette année 1967, va descendre avec son mari et ses trois enfants à Fridières chez ses parents. Elle est mariée depuis presque huit ans, il manque « six mois et dix-sept jours », elles compte comme un prisonnier, et ce repas dominical en territoire amical est son seul moment de répit dans des semaines qui se succèdent sous le signe de la violence et du désamour de soi. Le dimanche matin elle dispose d’une heure devant elle, une heure pour respirer, se regarder dans une glace, apprivoiser ce corps déformé par trois grossesses difficiles, ce corps qu’elle déteste et qu’elle lui abandonne avec dégoût. Elle trouve alors la force de penser, de réfléchir, de faire le bilan

En donnant la parole au mari en 1974, Marie Hélène Lafon ne cherche pas à excuser, à accuser, à démontrer. Elle décrit un univers mental fait de solitude, d’ignorance, d’isolement affectif et intellectuel et donne ainsi toute sa force au roman. Lui n’a vécu réellement que lorsqu’il se trouva au Maroc, chauffeur d’un gradé. Loin de son chemin familial prédestiné de la ferme du Cantal, il a découvert autre chose, une forme de liberté, y compris amoureuse avant de revenir chez lui pour assumer un destin qui lui était tracé dans une société rurale hiérarchisée où l’homme assure la vie économique de sa famille et où la femme le sert jusqu’à s’effacer.

La troisième voix referme l’histoire, comme elle referme la grille de la cour de la ferme. C’est celle de Claire une des trois enfants qui aujourd’hui dit tout d’un monde finissant, de l’exode urbain des enfants qui ont fait des études, de « sources », que Claire préfère à « racines », qui se tarissent.

Marie Hélène Lafon signe là son plus beau roman. Elle abandonne l’écriture ciselée, comme apprêtée qui alourdit parfois ses récits. Les mots coulent cette fois ci avec une glaciale limpidité, sans effet de vocabulaire. Elle écrit en creux un environnement familial qui est celui d’un monde rural aux prises avec la solitude, la faible socialisation, l’absence d’ouverture sur l’ailleurs. « La ferme est isolée », un isolement qui n’excuse absolument rien mais qui dit beaucoup de choses.