Conseils de lecture

Le Peuple contre la démocratie
8,70
par
28 décembre 2019

Alarme de poche

Ce jeune universitaire de Harvard replace le choc de l'élection de Trump dans le contexte mondial de la montée des populismes. Il confronte ce rejet de la démocratie à son histoire familiale marquée par la Shoah et à sa jeunesse en Allemagne réunifiée. Comment expliquer l'inexplicable ? Comment les peuples en arrivent-ils à se renier eux-mêmes en refusant les droits qui vont de pair avec la démocratie ? Une analyse précise et pertinente des causes, puis des remèdes d'un bon sens souvent négligé. - Poignée de mains fraternelle dans le blizzard. Appel de Cassandre.

Frédéric


 Une minute quarante-neuf secondes
21,00
par (Libraire)
11 décembre 2019

UN RECIT EN APNEE

Catherine Meurisse se réfugia dans l’Art et le Beau. Luz dessina ses angoisses pour se reconstruire. Philippe Lançon décrivit avec une précision chirurgicale sa réadaptation à la vie.
Riss attendit près de quatre ans pour écrire le 7 janvier 2015. « Une minute quarante-neuf secondes » c’est le temps de survie entre l’entrée et la sortie de deux hommes en noir armés dans les locaux de Charlie Hebdo. Le temps qui sépare le monde d’avant de celui d’après. Il est bien entendu question de ce jour dans le récit du dessinateur, de ce temps suspendu où l’on se demande si la vie va s’achever, de ces corps qui tombent dans un bruit sourd à côté de soi et dont on ne veut pas regarder la silhouette décomposée. De ces amis sans vie qu’il faut enjamber pour retrouver le bruit et la lumière. Mais pas que.

Contrairement à beaucoup, Riss est en effet resté au journal dont il partagea la direction de rédaction avec Charb pour en devenir désormais le directeur unique. Riss n’écrit donc pas essentiellement pour échapper à l’attentat par une forme de catharsis. Il ne manifeste pas, par des cauchemars notamment, des symptômes post traumatiques. L’ami de Cabu explique qu’il peut continuer à respirer en s’appuyant sur des valeurs qui sont le fondement de sa vie. Aussi on retrouve au long de ses lignes, le combat attaché à la liberté de penser, d’écrire et de dessiner, au rejet de l’argent comme seule valeur. Un hymne à la réflexion, à l’intelligence contre le conformisme, l’obscurantisme, les croyances intolérantes. Riss reste dans le combat qu’il poursuit avec une nouvelle équipe, celui qu’il faillit abandonner quand le journal, brusquement riche des dons devint la proie de collaborateurs récents, voulant soudainement devenir actionnaires actifs. « As tu encaissé des chèques de donateurs sur ton compte bancaire personnel? » demande à Riss l’un d’eux. Phrase symbole de souffrances nouvelles sur lesquelles s’attarde le nouveau directeur, souffrances qui témoignent du combat mené après l’attentat, combat pour garder au journal ses valeurs fondatrices: « Comment être à la hauteur de ce qui nous est arrivé? ».

Cette lutte de pouvoir contre les collaborateurs récents, ceux qui quittent le navire, les confrères qui donnent des leçons derrière d’hypocrites messages de compassion, Riss va le mener après une période d’épuisement moral et physique dont il décrit les étapes et le souvenir. La démonstration est impitoyable. Ce récit est un manifeste, le bilan provisoire d’une vie, la justification de la nécessité de l’existence de l’hebdomadaire satirique.

Comment poursuivre cette oeuvre alors que ses principaux fondateurs ont péri? Le journaliste les évoque en leur consacrant à chacun quelques lignes, sincères, modestes. Pas de panégyriques ou de trémolos dans l’écriture, ce n’est pas le style de la maison, mais des êtres qui reviennent en filigranes tout au long du livre comme pour montrer que c’est leur disparition qui est la plus difficile à vivre . « Les jours qui s’écoulent m’éloignent des adieux que je leur fis, et me rapprochent de l’accueil qu’ils me feront demain. Un jour, c’est sûr, on se retrouvera tous ».

« Le temps des larmes est terminé » lui dit de manière indigne un collègue. Le temps de l’ignominie et de la bêtise visiblement pas. Tant que des femmes et des hommes comme Riss le poursuivront et le dénonceront on peut encore espérer en l’humanité.


Delacroix
21,00
par (Libraire)
4 décembre 2019

Visite guidée avec Alexandre Dumas !

La dessinatrice revient avec ce « Delacroix » à ses premières amours: la peinture et la littérature. Signe de cette vie qui va mieux, elle reprend ici une première version de ce même ouvrage qu’elle réalisa en 2005 après sa sortie des Beaux Arts. Elle peut désormais se taire et laisser sa place aux écrivains qu’elle chérit. Qui mieux en effet que Alexandre Dumas pour raconter ? L’auteur prolifique déclame ici, en 1864, un après après la mort d’Eugène Delacroix, les souvenirs partagés avec celui qui défraya la chronique par ses tableaux où la couleur prit, pour l’une des premières fois, le pas sur le dessin: la flamboyance du rouge et du vert de Delacroix contre le dessin de Ingres.
Un livre à classer dans les rayons « BD », « Beaux livres » ou « Histoire de l’art », un voisinage conforme à toute l’oeuvre d’une dessinatrice remarquable. qui popularise le Beau auprès du plus grand nombre.

Eric

Depuis l’attentat de « Charlie » Catherine Meurisse, comme Luz, Riss ou Philippe Lançon a eu besoin de se reconstruire, de dépasser le traumatisme. Après le magnifique « La légèreté » (voir chronique. classé sixième des BD des années 2010 par les Inrocks), et l’autobiographique « Les Grands Espaces » la dessinatrice revient avec ce « Delacroix » à ses premières amours: la peinture et la littérature. Signe de cette vie qui va mieux, elle reprend ici une première version de ce même ouvrage qu’elle réalisa en 2005 après sa sortie des Beaux Arts. Elle peut désormais se taire et laisser sa place aux écrivains qu’elle chérit. Qui mieux en effet que Alexandre Dumas pour raconter ? L’auteur prolifique déclame ici, en 1864, un après après la mort d’Eugène Delacroix, les souvenirs partagés avec celui qui défraya la chronique par ses tableaux où la couleur prit, pour l’une des premières fois, le pas sur le dessin: la flamboyance du rouge et du vert de Delacroix contre le dessin de Ingres.

Dumas signe du Dumas et on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce texte qui pourrait avoir été écrit cette année tant la modernité du style et les questionnements demeurent d’actualité. On l’imagine, l’auteur des Trois Mousquetaires, déclamer ses tirades sur son ami « coloriste », pour qui il tente de « donner par l’analyse de son tempérament, une idée des productions de ce grand peintre qui tient à la fois de Michel Ange et de Rubens, moins bon dessinateur que le premier, moins bon compositeur que le second, mais plus fantaisiste que l’un et l’autre ».

On comprend aisément que Catherine Meurisse qui aime la compagnie des grands écrivains et des grands peintres se soit appropriée cette allocution qu’elle accompagne de saynètes narratives si proches de ses dessins dans l’hebdomadaire satirique. Ils sont bien là ces petits personnages à l’encre noire, facilement identifiables, ces silhouettes qui s’effraient devant la modernité de Delacroix ou se gaussent et obligent le peintre à conserver plusieurs années durant dans son atelier des chefs d’oeuvre comme « La mort de Sardanapale » ou « L’exécution de Marino Faliero ». Aussi, comme pour réparer cette injustice, Catherine Meurisse s’empare notamment de ces tableaux pour les revisiter à sa manière, une manière colorée, agressive de beauté, véritable allégorie ou l’oeuvre originale subsiste, reconnaissable mais avec une ampleur nouvelle. Dans « La légèreté » elle s’était placée dans l’oeuvre abstraite de Rothko. Cette fois ci elle reste à l’extérieur du cadre, en spectatrice, actrice d’une nouvelle création dont elle ne craint plus rien mais qui lui apporte visiblement une forme de sérénité, elle qui depuis sa plus tendre enfance, fréquente les musées, heureuse d’observer l’art, ce « quelque chose qui fait vibrer le cœur, l’esprit » et dont elle dit que « c'est mon âme, mon carburant ».

Libérée, l’auteure, l’est assurément et n’hésite pas à exacerber des détails des peintures originales. Les peintures explosent et elle n’a plu à se protéger derrière un humour corrosif. Plus radicale que le « maître », les formes se dissolvent souvent derrière des taches de couleurs qui effacent toute trace de dessin. Même si le mot lui fait peur encore, Catherine Meurisse réalise dans cet ouvrage de magnifiques tableaux, ces surfaces planes qui procurent émotion et vibration.
Un livre à classer dans les rayons « BD », « Beaux livres » ou « Histoire de l’art », un voisinage conforme à toute l’oeuvre d’une dessinatrice remarquable. qui popularise le Beau auprès du plus grand nombre.


Appia

Arthaud

22,50
par
4 décembre 2019

Latin Lovers

Le journaliste et écrivain voyageur réunit une fine équipe de marcheurs -architecte, historien, guide de montagne- pour parcourir l'Italie à pied, de Rome à Brindisi, sur le tracé de l'antique voie romaine. L'aventure géographique ouvre vite à une traversée des temps : la recherche d'un passé glorieux ouvert sur la Méditerranée se confronte au constat des clivages persistants entre le nord et le sud, à un sentiment de relégation qui nourrit la défiance contre l'étranger. Pourtant, cet éloge de la marche et de la lenteur rayonne de rencontres chaleureuses et gustatives, de récits drôles et minuscules d'une Italie cachée.


Sur les ossements des morts
9,70
par (Libraire)
1 décembre 2019

Belle découverte !

Olga Tokarcsuk est une auteure (autrice) polonaise qui vient d'obtenir le Prix Nobel de littérature, une découverte pour moi... Intriguée, je me suis plongée dans l'un de ses romans, j'ai choisi un polar en format poche chez Libretto. Quelle joie !! Ce roman est original, plein de fantaisie et de surprises, j'ai adoré ! La narratrice est une retraitée qui habite dans un hameau isolé en Pologne, elle est férue d'astrologie et passe ses jours et ses nuits le nez plongé dans les horoscopes ou à marcher dans la forêt. Solitaire, elle fréquente toutefois quelques personnages anticonformistes, un voisin distant, un spécialiste de William Blake, un amant de passage... et des chasseurs. Des chasseurs qui meurent les uns après les autres dans de très étranges conditions. Serait-ce une vengeance des animaux ??
Un livre délicieux. Un bel hommage à la nature.

Vanessa