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Conseils de lecture

Vincent Turhan, Richard Wagamese

Sarbacane

24,00
par (Libraire)
6 janvier 2022

Une adaptation réussie

La Grande Ourse vous avait invité à aimer le roman de Wagamese. Normal alors de lire l'adaptation en BD de cette magnifique oeuvre.

C’est l’histoire de levers et de couchers de soleil. D’aubes et d’aurores. Les aubes où l’on confie ses secrets de meurtre, de naissance, d’alcool. Les aurores où l’on explique l’amour qui a fui, la mort qui vient. Et ces moments magiques où la lumière s’allume ou s’éteint, Vincent Turhan sait magnifiquement les peindre. L’écrivain canadien d’origine ojibwé, Richard Wagamese avait dans son premier livre traduit en France en 2016 touché des milliers de lecteurs par l’usage de ses mots pour dire la beauté de la nature. En adaptant son roman, le dessinateur ne l’a pas trahi. Ce sont ces planches d’une douceur ineffable qui séduisent d’abord en nous emmenant pour une balade mélancolique dans la Colombie britannique. C’est de la nature qu’est attendue la rémission. C’est de la nature qu’est attendue la vérité, cette vérité que souhaite entendre Franklin Starlight, de son père Eldon qui à défaut de l’élever l’observe de temps en temps entre les vapeurs d’alcool, dans une ferme voisine où il l’a laissé, nourrisson. Eldon sent sa fin proche et il demande à son fils de l’accompagner jusqu’au sommet d’une montagne, loin de tout, face au soleil, comme un guerrier. C’est que les deux hommes ont des origines indiennes, du « sang mêlé » et comme dans tous les romans de Wagamese, les rites et cultes indiens sont omniprésents, véritables liaisons entre le présent terrestre et l’au delà.

Les Hommes ne sont que des poussières, de petites silhouettes dessinées en bas de case, fourmis minuscules face à l’immensité de paysages grandioses. La vie des vivants est complexe et les jugements difficiles. Dans ce grand espace qui s’ouvre sur un ultime voyage, le père et le fils vont apprendre enfin à se connaitre, à se parler, à expliquer à défaut de s’expliquer. Pour la première fois de leurs vies ils cheminent ensemble et par bribes, grâce à la flamme d’un feu de camp ou à la rencontre avec une vieille femme, ils vont enfin poser des mots sur leurs souffrances, leurs incompréhensions. Les failles terribles du père alcoolique invétéré se disent. La souffrance de l’enfant en mal de famille s’exprime.

Cet apaisement qui vient peu à peu n’est possible que dans le cadre des paysages qui les entourent, eux qui sont soumis comme les hommes aux aléas des orages, de la neige, du soleil. La mère apparaitra enfin ultime secret dévoilé, nécessaire pour se rendre dans l’au delà.

Les étoiles qui s’éteignent à l’aube sont les feux de camp que continuent à allumer chaque nuit les ancêtres dans leur voyage dans l’autre monde. Quand le jour réapparaît les étoiles s’éteignent et les ancêtres reprennent leur route. Si Richard Wagamese a allumé un de ces feux il doit observer avec intérêt ce magnifique ouvrage chaque nuit à la lueur de son feu de camp. Un ouvrage qui n’est rien d’autre qu’une histoire d’aubes et d’aurores.


19,00
par (Libraire)
6 janvier 2022

Un grand crû

Des compartiments comme des boîtes dans ce train de nuit, où sont enfermés des vies : un couple de retraités, une femme seule et son enfant, une bande de jeunes, deux hommes... Avec un minimum de mots, comme d'habitude, l'auteur raconte nos vies, nos fractures, sans emphase, mais avec justesse, et le suspens en plus.

Un grand Philippe Besson !!

Eric

Chronique complète :
C’est un compagnon de route. De vie. Depuis exactement vingt ans, Philippe Besson nous offre au début de chaque année un roman, calibré, peu épais mais si important. Amour, temps qui passe, homosexualité, intimité, autant de thèmes qui traversent en permanence son oeuvre. Aussi quand la quatrième de couverture de Paris-Briançon nous annonce un roman au « suspense redoutable » qui se passe à bord d’un train de nuit N°5789 entre Paris et Briançon, on se dit que l’écrivain se lance à son tour dans un nouveau genre pour lui, le polar, et qu’il place sa plume dans le sillage d’Agatha Christie et son « Crime de l’Orient Express ». De plus, on nous annonce dès la deuxième page, que « certains seront morts au lever du jour ».

On se trompe totalement. Certes comme dans un livre de la romancière britannique le lecteur s’installe dans un huis clos, un couloir, dix compartiments et dans ces cases que le hasard a distribuées il observe, comme un veilleur de nuit, une dizaine de personnages pour lesquels le voyage va être un moment de découvertes réciproques. Le train de nuit « c’est un cocon, c’est l’ancien monde, et on peut faire des rencontres ». Victor hockeyeur va rencontrer Alexis, médecin. Catherine et Jean-Louis, retraités vont dormir à côté d’une bande de jeunes, Julia, mère de deux enfants, va se confier à Serge, représentant. C’est la nuit dans un univers fermé et on sait que l’on a peu de chances de se revoir une fois arrivés en gare. Alors on se confie et on brise les a priori, la surface des choses car derrière les apparences « il y a presque toujours des êtres cabossés ». Ainsi Serge « veut parler des discours qu’on tient et des secrets qu’on dissimule. Il veut dire qu’ils sont des gens simples, des gens ordinaires mais que ça ne les empêche pas, de temps en temps, d’avoir du mal avec la vie ».

Sur le roulis continu des rails, dans l’obscurité des régions traversées, ignorantes de la vie des hommes, les préoccupations de chacun des personnages vont briser le silence et se dire à voix haute. Elles sont lourdes souvent à porter ces souffrances, cancer, sexualité refoulée, violence, licenciement et n’échappent pas à notre époque. Alors l’étranger devient confident, amant, ami et dans cet espace hors du temps chacun se révèle aux autres mais aussi à soi-même.

Aucun doute, Philippe Besson n’est donc pas devenu auteur de polar. Il a repris son scalpel de chirurgien des âmes, fouillant dans les apparences banales de nos vies, les petites ou grandes fractures, le hasard ou la destinée, les affrontements ou les contournements qui font que chaque vie ressemble à une autre et, en même temps, si différente. L’écrivain nous parle et sa petite musique, écrite avec des notes simples, nous touche.

Finalement il faut bien dire un mot du suspense annoncé, alors on ajoute un personnage. Il s’appelle Giovanni Messina mais vous n’avez pas besoin d’en savoir plus. Il est là, placé par le hasard, le destin, ou un Dieu quelconque. Il va modifier la vie d’hommes et de femmes. C’est beaucoup.


22,80
par (Libraire)
5 janvier 2022

Boomerang

Lorsque son vieil ami libraire lui confie un étrange manuscrit, le narrateur est piqué de curiosité. En effet, les premières pages annoncent d'emblée la mort de leur auteur : "Je suis mort. On m'a tué un jour de septembre 1957".
Au fil du récit, nous plongeons au coeur des années 1950 au Maroc, jusqu'alors sous protectorat de l'Espagne. Après des débuts prometteurs, les phalangistes sont plus isolés que jamais. C'est toute la communauté internationale qui tourne le dos à l'Espagne. La désillusion est Grande pour Elias Roca et son ami Angel Carvajal.
Tous deux rêvaient de gloire mais se retrouvent piégés dans la chaleur des journées marocaines à taper des rapports sans intérêt .
Jusqu'au jour où Elias fait assassiner son meilleur ami.
Plutôt habitués aux énigmes fantastiques, les amateurs de José Carlos Somoza se laisseront surprendre avec ce roman historique palpitant !

Mila


24,20
par
1 janvier 2022

Histoires de Cuba

Comment trouver les mots pour vous donner envie de découvrir ce roman que j’ai lu une première fois, un peu désorientée par la forme du récit polyphonique, qui passe d’une époque à l’autre sans qu’il soit toujours facile de se repérer dans le temps et les lieux, puis une deuxième fois à la suite pour de ne pas quitter ces personnages avec lesquels je ne souhaitais pas rompre ?
Padura nous parle de la trajectoire de huit amis qui se sont connus au lycée à Cuba et qui suivent des chemins divergents, beaucoup choisissant l’exil face aux difficultés de tout genre auxquelles ont pu se confronter les Cubains entre les années 1990 et nos jours. Les émigrés s’établissent dans différents pays d’Amérique et d’Europe, restant en relation et aidant financièrement ceux qui, malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent, y compris pour satisfaire des besoins élémentaires comme se nourrir et se soigner, ont choisi de rester dans leur pays. Nous suivons donc le parcours de tous ces exilés, aux chemins très différents. Certains s’intègrent très bien en tournant la page de leur vie antérieure quand d’autres sont victimes d’exploitation de leur statut de « sans papiers ».
On perçoit cependant que la sympathie de Padura revient avant tout à l’un des personnages centraux de ce récit choral, Clara, qui se bat toute sa vie pour élever ses enfants et sauver de l’alcoolisme l’un de ses amis qui deviendra son compagnon. Elle choisit de rester à Cuba malgré le départ de tous ses proches, et l'accumulation de ses désillusions vis-à-vis du régime cubain dans lequel elle mettait beaucoup d’espoir lorsqu’elle était  jeune.
On le devine, l’auteur lui aussi vit toujours à Cuba, malgré la reconnaissance internationale de son œuvre. Il revendique de rester fidèle à son pays. C'est aussi ce qu'on aime chez lui.

Marie-Pierre


Enquête sur une femme libre

Delpire éditeur

29,00
par (Libraire)
30 décembre 2021

Une vie qui éclaire l'oeuvre

C’est l’ouvrage qui manquait. C’est le chainon manquant d’une histoire débutée en 2007 lorsque un jeune agent immobilier, John Maloof, achète à Chicago, au cours d’une vente aux enchères, des cartons emplis de photographies, de films non développés, de négatifs. Peu à peu, il perçoit la qualité potentielle des photos achetées, il acquiert d’autres lots à d’autres enchérisseurs. En 2009, il découvre, par un avis de décès, l’identité de la photographe: Vivian Maier. La suite on la connait: photos sur Internet, engouement mondial, premières expos, premières monographies, un livre romancé remarquable de Gaelle Josse « Une femme en contre jour », un documentaire de Maloof, « A la recherche de Vivian Maier », et actuellement une exposition au musée du Luxembourg. Cette chronologie incroyable ne dit pas pour autant la femme qui se tient derrière l’objectif, un mystère que les enquêtes journalistiques, les polémiques ne résolvent pas: française et américaine, visible et recluse, bienveillante et froide, les adjectifs antinomiques pour qualifier la photographe sont innombrables. Ann Marks, ancienne cadre de grandes entreprises, décide alors de combler les lacunes d’une biographie originelle syncopée et de tenter d’approcher la psychologie de la femme aux dizaines d’autoportraits.

Des recherches généalogiques vont lui permettre de reconstituer l’enfance désagrégée entre une mère irresponsable et un père absent, violent et manipulateur. Son frère Carl, que Vivian ne verra presque jamais, donne en creux de nombreuses indications sur la vie de sa soeur ou du moins ses difficultés à vivre. L’autrice va rechercher et contacter de nombreuses personnes l‘ayant côtoyé du Champsaur en France, en passant par Chicago et surtout New-York la ville où elle réalisa, dans les années 50, probablement ses plus beaux clichés de rue sachant capter les différences sociales, la ségrégation raciale en utilisant l’humour, la causticité, la beauté formelle.

On comprend à la lecture que lors de ses premières prises de vue l’ambition photographique professionnelle est réelle mais sans aucune relation, d’un abord difficile, il ne lui est pas aisé de se se faire un nom. Grâce au talent de Ann Marks, l’image de Vivian Maier apparait peu à peu sous le révélateur photographique, une image dévoilée et marquée à jamais par l’absence d’affection, d’amour notamment. L’ambition photographique professionnelle déçue est remplacée peu peu par une maladie mentale, celle du syndrome d’accumulation, pour la première fois vraiment prise en compte, qui la verra entasser les bobines de films non développés et des tonnes de journaux, les clichés virtuels, ne devenant plus qu’une « collection »  comme les autres, envahissant ses pièces de vie ou ses multiples garde-meubles. La nounou, garde d’enfants pendant des décennies, véritable chroniqueuse de la famille américaine de la classe moyenne, en perpétuel déménagement, va sombrer sous les journaux qu’elle photographie inlassablement comme une double possession. On la découvre féministe avant l’heure, attentive aux droits des noirs, socialement progressiste, étrangère aux bonnes manières, distante et même effrayée par les hommes mais aussi terriblement attachante, intelligente, brillante, capable contre toutes les conventions de partir seule pour un tour de monde initiatique. Les photos du livre, pour la plupart en miniatures, par leur impression chronologique balisent le parcours des états d’âme de la photographe dont les autoportraits et leur portée symbolique témoignent des dépressions, des périodes de bonheur.

Un livre indispensable pour comprendre l'oeuvre magistral.