Conseils de lecture

14 Juillet / récit

Vuillard, Eric

Actes Sud

7,80
par (Libraire)
28 avril 2020

A la Bastille !

Avec « 14 Juillet » Eric Vuillard nous invite à participer à l’assaut de la forteresse royale de 1789, mais aussi à des bastilles plus contemporaines. En rendant justice aux anonymes. Historiquement juste et politiquement subversif.

Ça crapahute. Ça chahute. Ça bouscule. Ça serre et ça crie. C'est bouillant et chaud. Les pieds claquent sur les pavés. On avance, on recule. C'est la foule. La foule s'appelle le peuple quand elle crie des revendications, quand elle demande, quand elle interpelle. Alors c'est bien dans le peuple que l'on avance avec Éric Vuillard vers une place où trône une forteresse impressionnante. On est le mardi 14 juillet 1789 et on approche de la Bastille. On ne sait pas encore ce que sera cette journée. Mais elle est déjà bien vivante.
Comme un reporter, le romancier nous emmène au cœur du processus de déflagration, d'abord avec la mise à sac de la maison Réveillon, fabricant richissime de papier peint fin avril 1789 comme une mise en bouche avant la grande journée révolutionnaire de l'été. Le romancier s'attache alors à personnaliser le « peuple », terme vague, global, sans âme et sans vie. On marche, on court, on hurle aux côtés de Lapie de Paris, de Melot de Malbrans, avec Naizet le forain qui cause avec Caulet de Landrecies. Tabouret a 20 ans, Tissars est âgé de 23 ans alors que Touvery en a 21, tout comme Tronchon. On côtoie aussi quelques femmes, qui sont des milliers dans la foule mais dont seuls de rares noms ont été conservés: Marie Choquier, Pauline Léon ou Marie Charpentier.

Vuillard n'hésite pas à énumérer presque in-extenso, les noms connus des participants, de ceux qui ne sont restés que quelques lettres sur un document administratif, ou ceux, très rares, qui comme le citoyen Rossignol deviendront par exemple dignitaire sous l’Empire. Ces énumérations ne sont pas vaines. C'est étrange en effet, comme avec ces précisions, la foule devient chair et sang, vivante et attachante. Les 98 morts officiels deviennent le citoyen François Rousseau dont l’épouse Marie Jeanne Bliard viendra reconnaître le corps quelques jours plus tard dans une scène magnifiquement décrite. Pour donner vie à Jean Falaise, cordonnier ou Rousseau, allumeur de réverbère (cela ne s'invente pas), Éric Vuillard a travaillé sur les archives de la Police, sur les compte-rendus de cette journée historique. Et il y a ajouté son style, lyrique et poétique, précis et généreux. On ne raconte pas la vie et la révolution avec platitude. On la crie, on la rudoie, on l’explose.

Par son talent de romancier, il nous restitue une vision cinématographique de l’événement, comme une caméra subjective plongée au cœur des femmes et des hommes en mouvement. Il nous emmène avec lui, chercher un message, sur un tout petit bout de papier, « une antisèche », qui sort par une petite meurtrière. Le bruit s’arrête. Toute action est suspendue. Arrêt sur image. On part derrière Ribaucourt qui va traverser tout le quartier en courant chercher chez un menuisier onze planches qui serviront d’échafaudage. Ainsi la petite histoire rencontre l’histoire des manuels non par exotisme mais par volonté de redonner la place qu’ils méritent aux hommes et aux femmes qui la créent.

Avec « 14 Juillet », nous ne sommes jamais loin de l’actualité. Par quelques allusions discrètes, anachroniques comme l’évocation de l’Intifada, l’auteur nous confirme toute la sympathie qu’il a pour ce peuple qui se rebelle:
« On devrait plus souvent ouvrir nos fenêtres. Il faudrait de temps à autre, comme ça, sans le prévoir, tout foutre par dessus bord. Cela soulagerait ».

« Ah ça ira, ça ira » semble t’il clamer à sa façon, en mettant derrière le mot de « peuple » accaparé par tous les politiques, des êtres de chair et de sang, qui vivent et meurent. Et prennent leur destin en main.

Eric


Journal d'Irlande, Carnets de pêche et d'amour, 1977-2003

Carnets de pêche et d'amour, 1977-2003

Le Livre de Poche

8,20
par (Libraire)
27 avril 2020

Un journal de la vie

Romancière mondialement connue, décédée en 2016, à l’âge de 96 ans, Benoîte Groult a écrit en Irlande, pendant un quart de siècle, un Journal estival qui raconte la vieillesse, la pêche, l’amour. Un Journal formidable de lucidité et de liberté.

C’est un rendez-vous annuel, comme un marquage du temps, une balise posée en mer d’Iroise, une balise dans une année de vie. Depuis Août 1977, Benoîte Groult et son compagnon Paul Guimard ont choisi de passer une partie de leurs étés en Irlande, dans le Kerry, où ils vont faire construire une maison offerte à la mer, passion du couple avec la littérature. C’est dans ce pays rude et austère que pendant 25 ans les deux écrivains vont vivre essentiellement leur mois d’août, dans « ce pays de gueux, cette nourriture de merde, cette mer perverse, ces cieux désespérants et si beaux ». Benoîte Groult va tenir pendant cette période un journal irlandais et un journal de pêche que sa fille Blandine de Caunes ressuscitent aujourd’hui pour notre plus grand bonheur.

Cette permanence de lieu et de temps, comme dans une tragédie grecque, est fascinante, écartant les vicissitudes des onze autres mois de l’année, marquant encore plus les égratignures du temps qui passe. Même lieu, même saison mais pourtant d’année en année les ridules qui marquent les yeux, la peau des bras qui se fane, rendent le séjour de plus en plus triste, difficile. Au long de ses 400 pages, l’écrivaine scrute son corps à l’aune des efforts qu’elle réalise pour pêcher, lever ses casiers, porter ces kilos de lieus et de bouquets qu’elle décompte journellement avec méticulosité, comme si ces pesées tangibles et mesurables constituaient un point d’ancrage à la vie et une source de sécurité contre le temps qui s’égrène. Dès les premières pages, cette hantise de la vieillesse et de la mort apparaissent, véritable fil rouge que les difficultés de la météo irlandaise accentuent. Pourtant Benoîte Groult est une battante:

« Il ne faut rien céder à la mort, sauf quand on cède tout. Tous les petits abandons et renoncements qui vous livrent par petits bouts au néant, je les combats ».

et c’est dans le renoncement de Paul qu’elle prend peur, Paul le « Pacha », dont Benoîte, féministe et surtout femme libre, redoute la descente vers la mort. Car Benoîte aime la vie et son activité incessante, sa pratique de la pêche quasi obsessionnelle, ne sont là que pour décrire cet acharnement à vivre. Et à aimer. Ce Journal est aussi un merveilleux livre d’amour. D’amour à son époux avec qui elle partage ses pêches, ses activités intellectuelles, ses souvenirs et qu’elle ne parviendra jamais à quitter. D’amour à Kurt, cet américain, peu cultivé, rencontré en 1945, qui pendant plus de 50 ans aimera l’auteure française avec une passion désespérée lui renvoyant par l’amour charnel, qu’il pratique à merveille, l’image de la jeunesse et de la vitalité.
« Les caresses sur les seins sont à elles seules une redécouverte des merveilleux chemins de l’amour ».
Dans un ménage à trois que l’Irlande accueille temporairement, Benoîte Groult dans des pages sublimes explique ses atermoiements, que seule la mort de Kurt, rompra. Lucide toujours, refusant l’allégorie de l’amour, aimant les relations physiques, soucieuse de n’abandonner aucun plaisir, Benoîte Groult se dresse comme une femme libre, une liberté qu’elle conquiert aussi par ses activités domestiques et familiales décuplées, par un appétit de saisir toutes les joies de la vie.

Pourtant au fil des années et des pages du Journal, la passion s’étiole, l’Irlande devient de plus en plus pluvieuse et insupportable. Benoîte plie légèrement, très légèrement, mais suffisamment pour qu’en 2002 la maison irlandaise soit vendue. Kurt est mort. Paul va mourir deux ans plus tard. Et « l’Irlande aurait ma peau si j’y restais ».

Malgré toute sa volonté, la vieillesse vainc peu à peu, inlassablement car « on ne meurt pas seulement de maladie, quand on vieillit, on meurt parce que le goût s’en va ». Et les quelques allusions combatives, et tragiquement prophétiques à l’égard de la maladie d’Alzheimer, qui emportera sa mère Nicole et sa soeur Flora, n’empêcheront pas la femme de Paul Guimard, d’y succomber aussi.

Eric


Austerlitz
8,70
par (Libraire)
27 avril 2020

Labyrinthe de la mémoire

On est d'abord intrigué par la couverture du livre, une photo assez énigmatique, en noir et blanc, d'un enfant blond, en tenue de mousquetaire peut-être, ou de prince. Puis c'est le titre qui intrigue, Austerlitz, qui évoque la célèbre bataille, alors qu'on comprend vite, en feuilletant le livre, qu'il ne s'agit pas du tout de ça. En feuilletant le livre on découvre aussi qu'il est parcouru d'images, et surtout de photographies, en noir et blanc, tout aussi énigmatiques que celles de la couverture, de visages, de paysages, d'animaux (des papillons) ou d'objets (une montre à gousset, des boules de billard).

Alors, vraiment très intrigué, on achète le livre. On est d'abord dérouté par une écriture qui ne ressemble à rien de ce qu'on a déjà lu, puis on est emporté par cette écriture, jetée sur le papier d'un seul souffle, sans chapitres, sans paragraphes. Et en refermant le livre on se dit que c'est là une des plus belles choses qu'on ait lues depuis longtemps.

Austerlitz est le nom du personnage qui est au centre du livre (c'était aussi le patronyme apprend-on au passage, de Fred Astaire). Austerlitz raconte sa vie au narrateur, double assez transparent de l'auteur Sebald. Lui et Austerlitz se rencontrent d'abord par hasard, dans la gare d'Anvers, une fin d'après-midi. Austerlitz est passionné par l'architecture des gares, images du capitalisme triomphant de la seconde moitié du XIXe siècle. S'engage entre lui et le narrateur une conversation qui les emmène jusque tard dans la nuit, dans le buffet désert. Cette conversation débutée dans la gare d'Anvers va se poursuivre tout au long du livre, car le narrateur et Austerlitz ne cessent de se rencontrer, quelquefois par hasard encore, comme dans ce bar d’hôtel à Londres, ou d'autres fois parce qu'ils se sont donné rendez-vous, car, sans que le mot soit jamais prononcé, une amitié est née. C'est Austerlitz qui parle, reprenant la conversation où elle en était restée. On lui découvre d'autres passions, l'architecture militaire, les papillons, la photographie. On découvre aussi peu à peu son histoire, qui est celle d'une quête. Austerlitz, qui a grandi au Pays de Galles dans une triste famille de pasteurs, est en quête de ses origines, et de l'histoire (qu'on pourrait écrire avec un grand H) qui l'a séparé, tout jeune enfant, de ses parents. Cette quête le mènera jusqu'à Prague, et à Paris, deux villes où se déploie la partie la plus bouleversante de ce récit des origines. On ne dévoilera pas la teneur de ce récit, même si on peut ici la deviner.

La puissance du livre tient à ce qu'on découvre, comme Austerlitz l'a fait avant nous, que tout est lié, la perte d'une famille dans l'Europe du chaos, et l'architecture ferroviaire et le capitalisme triomphant, nés bien avant ce chaos. Et l'architecture militaire, née elle au XVIIe siècle, celle de ces forts construits partout en Europe, sur le modèle créé par Vauban, qui est celui la forteresse de Teresienstadt, en Bohême, qui accueillit le camp de concentration du même nom. Tout est lié. Et les papillons. Et la photographie.

L'autre puissance du livre est de toujours rappeler qu'il s'agit de littérature. Car la parole si riche, si complexe d'Austerlitz, ne prend force et sens que parce qu'elle est reprise, réécrite par l'auteur-narrateur (d'où l'incise « ..dit Austerlitz » qui revient comme une sorte de mantra, Sebald s'amusant ainsi à créer des emboîtements vertigineux : « ..ton père, exposé à l'époque à tous les dangers, me dit Véra, dit Austerlitz.. », «De ce jour Agata fut comme métamorphosée, continua Véra, dit Austerlitz... »). Et on ne peut pas s'empêcher de penser que derrière cette réécriture il y a chez Sebald, l'idée que le rôle de la littérature est de garder la trace d'une parole avant qu'elle ne se perde.

Austerlitz est un livre qui exerce une sorte de fascination, qui tient à ce qu'on y voit se déployer à nu le travail de la mémoire. Austerlitz (le personnage) parsème son propos de digressions incessantes, qui sont des étapes dans le labyrinthe qu'il doit parcourir pour atteindre le cœur battant du souvenir : évocation des tristes paysages du Pays de Galles et de la Flandre malinoise, de la figure du philosophe Wittgenstein ou du peintre Turner, des souvenirs nostalgiques de la ville d'eaux de Marienbad, où la bonne société praguoise passait l'été, et de la Bibliothèque nationale de France (l'ancienne, celle de la rue de Richelieu), de mystérieux vols en Cessna au dessus de la belle Garonne et de la chaîne des Puys. On pourrait continuer longtemps. On oublie ces digressions au fil de la lecture, comme des trésors qu'on aurait laissés dans les tiroirs trop vite refermés d'un précieux secrétaire trop vite exploré, et on les redécouvre en se prenant au jeu de feuilleter de nouveau le livre, comme on l'a fait au début avec méfiance, mais cette fois avec émerveillement. Elles sont pour beaucoup dans le charme (au sens propre) qu'exerce ce livre qui ne ressemble à aucun autre.

Jean-Luc


DANS LA FORET D'HOKKAIDO
6,80
par (Libraire)
27 avril 2020

Un immanquable !

Le saviez-vous ? Ce petit bijou est paru en poche récemment !
Il n’y a plus aucune excuse pour se lancer dans « La forêt de Hokkaido » de Eric Pessan aux éditions l’école des loisirs.

Julie a la santé fragile, à cause de cela elle se couche tôt et dort longtemps...
Tous les soirs, … Julie fait le même rêve, elle devient un petit garçon de 7 ans qui est perdu dans la grande forêt de Hokkaido au Japon. Seul, sans à boire ni à manger.
Ce rêve la hante. Qu’est-ce que ce rêve signifie ? Cela semble tellement réel…
Elle va décider de mener l’enquête, jour et nuit ! Qui est ce mystérieux petit garçon ? Comment échanger avec lui ? Que va-t-il devenir ?
Découvrez des personnages attachants et terriblement déterminés !

Lou


IRRESISTIBLE - TOME 1

Azusa Mase

Kana

6,85
par (Libraire)
27 avril 2020

Un peu de douceur

Serina va recevoir une lettre d'amour de Mizukawa. Quelle chance ! Cependant lorsque qu'elle veut l'aborder elle se rend compte qu'il est froid, distant et qu'il n'a pas vraiment l'air de s’intéresser à elle... Mais Serina ne se laisse pas abattre et va provoquer son destin !
Derrière sa froideur, se cache un homme gentil, timide et très amoureux.

Une shojo rempli de bonne humeur ! C'est un réel plaisir de lire ce manga où la relation entre nos deux protagonistes avance naturellement sans fioriture, le tout avec une intrigue prenante et un dessin très doux.

Leur relation fera palpiter notre petit cœur tout le long de la série.

Lou