Conseils de lecture

La Communauté
7,70
par (Libraire)
16 mai 2019

COMPRENDRE LA BANLIEUE


Trappes: ville moyenne de 30 000 habitants, anomalie dans le riche département des Yvelines. Au début des années 60, le PC règne en maître: les jeunes vont dans des colonies de vacances communales, on vend sur le marché l’Humanité et Pif Gadget. La population locale a bien accueilli ces ouvriers arrivés essentiellement d’Afrique du Nord, pour les usines Renault, Peugeot, Simca. Et puis aujourd’hui en 2018: « l’air y est plus lourd, les relations sont contraintes par de nouvelles règles qui s’imposent à la petite communauté trappiste, chassant l’ambiance naguère si chaleureuse ». Le Coran a remplacé l’Humanité. Que s’est il passé au cours de ces 60 années pour permettre cette régression?

Cette évolution, deux grands reporters au Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, nous la racontent dans cette enquête sur cette ville banlieusarde, ou grandirent notamment Djamel, Omar Sy, la Fouine, Anelka, Sophia Aram. Sans porter de jugement, elles établissent un récit passionnant établi à partir de centaines d’heures d’entretien avec des habitants de la ville. Une enquête longue et minutieuse dissimulée derrière un récit sans parti pris.

Tout au long de ces pages écrites comme un roman s’égrènent ces 60 années d’errance, d’incompréhension, de luttes politiques locales, d’erreurs nationales, qui d’abandon de principes fondamentaux en renoncements ou en erreurs d’appréciation, ont abouti à ce terrible constat final: 67 djihadistes français sont partis de Trappes.

Eric.


Né d'aucune femme

Manufacture de livres

20,90
par (Libraire)
16 mai 2019

RENDEZ VOUS AVEC LE DIABLE

Une intrigue irrespirable.
Des personnages inoubliables.
Une atmosphère incontournable.
Un style inimitable.
Un rendez-vous avec le Diable.
Une nouvelle définition du Mal.
U n roman incroyable.

Un "My Absolute Darling" à la française.

Un livre majeur de cette année.

Eric.


Il fallait que je vous le dise
22,00
par (Libraire)
15 mai 2019

RACONTER L'AVORTEMENT

Raconter son avortement, c’est ce que Aude Mermilliod souhaite nous dire dans sa deuxième BD. Elle le fait avec une franchise et une sensibilité totale. Un album remarquable à mettre entre les mains de toutes les femmes. Et de tous les hommes.

IVG, trois lettres qui claquent comme un slogan en cette période où ce droit chèrement acquis par les femmes est de plus en plus remis en cause. Au delà de ce combat, on oublie souvent l’acte médical lui même et les conséquences psychologiques qui en résultent. Car l’IVG n’est pas anodin, neutre, et Aude Mermilliod qui y'a eu recours en 2011, témoigne ici de toutes les souffrances et des incompréhensions qui l’ont assaillie, et l’assaillent encore. Dans cet album, elle raconte « ce foutoir émotionnel que nous procure cette possibilité d’avoir ou non un enfant » et « d’entrer dans les zones d’ombre dont ne parle pas assez ».

Dans la première partie de la BD, elle se représente ainsi sans fard, dans un processus chronologique précis, de la connaissance de la grossesse à l’acte médical lui même, en passant par toutes les phases de déni, d’acceptation, de refus. Tout , Aude Mermilliod, montre tout mais avec le talent qui lui est propre, celui de la délicatesse, de l’honnêteté, de la vraie pudeur, le dessin permettant de montrer ce que la crudité des mots peut cacher. On la suit pas à pas, comme dans un journal quotidien, y compris dans cette salle d’opération où tout ne dure que quelques minutes mais des minutes qui marquent une vie. Cependant Aude Mermilliod, sait montrer, y compris dans les moments les plus sombres, les recoins poétiques de la vie, comme celui de regarder un arbre grandir, ou d’offrir son corps nu à un paysage.

On peut se poser alors la question de savoir quel est le rôle des hommes dans cette histoire, à qui la dessinatrice dédie également son ouvrage eux « qui ne vivent pas ce deuil dans leur corps, qui épaulent malgré leur propre peine, sans toujours comprendre ». L’écrivain Martin Winckler, mais aussi médecin engagé à côté des femmes dans leur combat pour la libéralisation de l’IVG, qu’il a pratiquée pendant de nombreuses années, apporte dans la deuxième partie de la BD des réponses à cette question. La dessinatrice le rencontre, le dessine, trace le parcours d’un homme qui veut aider les femmes, les accompagner mais qui les comprendra véritablement grâce à Yvonne, une infirmière. Une femme.

Les deux regards conjugués de Aude Mermilliod et de Martin Winckler, composent une mosaïque où les slogans n’ont pas cours, où les simplifications sont écartées. Ils racontent ce qui est rarement dit avec délicatesse et intelligence. Une formidable BD où la dessinatrice nous invite, comme sur la couverture, à prendre notre souffle, pour écouter la voix des femmes. « Il fallait que je vous le dise », un titre en forme de nécessité.


Les calendriers
17,50
par (Libraire)
6 mai 2019

Le facteur du Pays de Caux

Raconter un monde qui disparait. C’est ce que Robert Cottard, facteur, réalise avec « Les Calendriers », se souvenant de ces moments de fin d’année où les étrennes ouvraient les portes des masures normandes sur des personnages hors du commun. Il trace des portraits tendres ou féroces de ces paysans vieillissants. Avec humour.

Eric Rubert

On y découvre parfois des plans de ville comme Dieppe ou Rouen. Ou bien des horaires des marées ainsi que la liste des départements français. Au recto une tempête de noroît balaie le phare d’Ouessant. Au verso, un rouge soleil couchant explose sur la plage des Salines. Mais aujourd’hui, on le voit de moins en moins, il n’est plus là que par effraction, par oubli. C’est ainsi: le calendrier des Postes est en train de disparaître. Pourtant pendant plus de 30 ans, Robert Cottard, facteur à Gonneville-la-Mallet, un bourg de 1500 habitants dans le pays de Caux, à quelques kilomètres d’Etretat, a porté en fin d’année ce miraculeux bout de carton dans tous les foyers de sa tournée pour récolter ses étrennes, susceptibles de lui offrir un nouveau mitigeur pour sa douche. Robert a exercé son métier « jusqu’en 2000. Depuis il écrit ». Et ce qu’il écrit et décrit dans son livre, ce sont ces rencontres au cours duquel, une fois par an, chacun délivre son estime ou son amitié à l’aune de quelques piécettes ou billets.

On franchit avec Robert, les portails souvent gardés par de terribles cerbères, on rentre dans de modestes cuisines pour boire avec lui une bolée de cidre ou un vin de l’année de sa naissance. Et Robert découvre peu à peu des secrets bien gardés. C’est qu’ils sont drôles ces « clients » qui montrent, le jour où ils doivent ouvrir leur porte monnaie, leur vrai visage. Et l’auteur les croque à sa manière avec un réel humour, des jeux de mots finement cachés et même quelques contrepèteries.
C’est toute une petite comédie humaine qui nous est ainsi proposée, sous forme de chapitres proches de nouvelles écrites par le regard indulgent d’un homme bienveillant et amoureux des mots.

On se dit souvent que nous sommes plus proches de l’univers de Maupassant que de celui du XXI ème siècle même si la 4 L de la Poste a remplacé la diligence ou le fiacre. Pas de nostalgie néanmoins ou de regrets. C’est ainsi, le monde tourne et Robert Cottard le regarde tourner en saluant à l’occasion ces personnages, sans les mythifier ou les doter de nobles sentiments illusoires. Robert regarde, écoute, écrit, décrit, avec un oeil bienveillant mais sans nostalgie. Dans un livre agréable et léger.


SUR LA ROUTE DU DANUBE
23,00
par (Libraire)
2 mai 2019

L'usage de l'Europe

Remonter le Danube à vélo avec un ami ukrainien est une belle aventure, mais ce qui intéresse Emmanuel Ruben est moins le récit, souvent drôlatique, parfois exalté, de cette équipée qui n'hésite pas à emprunter les chemins de traverse, que la longue méditation qu'elle nourrit sur l'Europe, ce «vieux continent vieillissant».
Méditation sensible et mélancolique dans la partie «balkanique» du parcours, Roumanie, Bulgarie, Serbie, Croatie, qui sont pour Emmanuel Ruben le cœur battant de l'Europe, où se mêlent les langues, où les minarets rappellent que l'empire Ottoman fait partie de notre histoire à nous Européens, et où les multiples rencontres façonnent l'image d'un humanité diverse, souffrante et pourtant généreuse (la rencontre de Zanko, le trompettiste, et de sa famille de Tziganes sortis d'un film de Kusturica, au coucher du soleil, sur une terrasse dominant le Danube, est la plus poignante).
Méditation inquiète et désabusée au fur et à mesure qu'on se rapproche d'une Europe «germanique», Hongrie fortifiée de Viktor Orban, où les rencontres se font rares, Autriche aseptisée, et Bavière amnésique où errent ici où là les fantômes du nazisme, où on ne rencontre plus personne.
Emmanuel Ruben met abondamment l'histoire au service de son propos, depuis l'épopée de Samuel 1er, le tsar qui unifia les Balkans au XIe siècle jusqu'à celle des guerres fratricides qui les déchirèrent dans le dernier XXe siècle, et dont les ruines de Vukovar sont la sinistre trace. Mais il invite aussi, et à chaque moment, la géographie, car il n'oublie pas qu'il a été et est toujours géographe. L' acuité du regard donne au paysages traversés une présence presque palpable, et le goût pour les noms de lieux et leurs sonorités, villes - Odessa, Galaţi, Olteniţa, Baikal, Novi Sad, Esztergom-, et contrées -Dobroudja, Valachie, Voïvodine, Wachau- ajoute à la musicalité d'une écriture ample, dont le déroulé, tantôt apaisé, tantôt fougueux semble épouser celui du fleuve.
Mélancolie, acuité du regard, musicalité de la langue, humanité. On pense évidemment à Nicolas Bouvier et à "L'usage du monde", ce merveilleux livre dont la lecture en a marqué plus d'un. e. Le voyage de Nicolas Bouvier l’emmenait de Genève et de l'Europe, dont il fuyait l'ennui, vers l'Orient, métaphore d'un monde où apprendre à vivre. Le voyage d'Emmanuel Ruben le ramène, et nous avec lui, vers l'Occident, et la réalité du monde où il nous faut vivre, celui d' une Europe confrontée comme il l'écrit, «non à une crise des migrants, mais à une crise des valeurs», celui d'une Europe qu'il nous faut non plus fuir, mais réinventer, réécrire.

Jean-Luc.