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Conseils de lecture

17,00
par (Libraire)
22 mai 2021

Inoubliable

Le Démon, c’est le mal, le mal absolu. La Colline aux Loups, c’est le lieu du mal, le foyer de naissance. Normalement c’est le lieu du bien être, de l’innocence, de l’enfance avant l’enfance. Pas ici. Cinq frères et soeurs et les géniteurs les plus odieux du monde. Et un enfant devenu homme, qui est en prison pour ne pas avoir su vaincre le Démon. Et qui raconte dans sa prison, à sa manière, avec ses mots uniques, son histoire, sa souffrance, ses combats. Sa vie. Pas de virgules, juste des points pour finir les phrases. Juste les mots pour dire les choses. Pour dire le Bien, le Mal, l’ombre mais aussi parfois la lumière. La poésie alors perce la violence et le coup de poing devient caresse. mais rarement, très rarement.

Une lecture exigeante, éprouvante, mais une lecture inoubliable.

Eric


1962-2019

1

Casterman

16,00
par (Libraire)
22 mai 2021

Un futur "classique"

Ferrandez est né en 1955 à Alger dans le quartier de Belcourt, ce quartier qui a vu grandir le jeune Albert Camus. Le dessinateur n’a aucun souvenir de ses premiers mois en Algérie, mais cette coïncidence, cette proximité avec le Prix Nobel de littérature l’a probablement incité à chercher à comprendre ce pays qui les a vu naître. Il écrivait en conclusion de « Entre mes deux Rives » (1) : « Je suis comme un enfant trouvé de la Méditerranée, ballotté d’un bord à l’autre. Je suis né sur la rive sud, j’ai vécu sur la rive nord. Les deux m’appartiennent. J’appartiens aux deux ». Sa rive nord, Nice en l’occurrence, sera notamment l’univers de Giono. Sa rive sud sera celle de Camus et de sa série « Les carnets d’Orient », entamée en 1986, composée de dix tomes qui est devenue une BD de référence présente dans les bibliothèques des bédéphiles, comme dans de nombreuses écoles. Ferrandez a su, dans cette saga familiale, transmettre d’abord la lumière, celle qui éclaire à jamais la baie d’Alger, la blancheur aveuglante de la Casbah. Et par des histoires individuelles qui recoupaient la grande histoire, il a offert une multiplicité de points de vue qui expliquent des destins collectifs algériens et français de 1830 à 1962. Octave, Saïd, Noémie, Samia pour expliquer la colonisation, les massacres de Sétif, la guerre d’indépendance.

Dans la dernière page de « Terre Fatale », ultime ouvrage paru en 2009, Octave promettait à sa mère, sur le quai du départ du port d’Alger en 1962, « Oui on retournera. Je te le promets ». Il aura donc fallu à Ferrandez, douze ans pour tenir la promesse de son personnage et reprendre l’histoire là, où elle s’était arrêtée: l’indépendance algérienne. Plus exactement, la Bd commence avec le Hirak, le 37 ème vendredi consécutif de manifestation depuis le 22 février 2019, un saut complet pour dire hier et aujourd’hui.

« Je voulais démarrer avec le Hirak, parce que c’est l’élément saillant qui permet de reconsidérer toute cette histoire de l ‘Algérie contemporaine ».

Ce sont deux chauffeurs de taxis, comme porte-paroles de la population, à plus de cinquante ans d’écart qui vont servir de témoins relais pour expliquer l’après indépendance. Nous sommes en terrain connu, des prénoms ressurgissent, mais le format est différent et la structure narrative de l’histoire se morcèle en épisodes de vie de différents personnages permettant, à chaque fois, à Ferrandez d’exposer les multiples points de vue. C’est, avec la beauté de son dessin, léger et bleu comme l’air de la méditerranée, l’autre qualité essentielle du dessinateur: exposer des situations les plus complexes de la manière la plus simple, sans manichéisme, ni parti pris.

Deux temps forts sont privilégiés: le coup d’état de Boumediene en 1965, et les manifestations réprimées de 1988 qui annoncent la montée du Front Islamique du Salut (FIS). Avec l’éclairage de ces deux évènements majeurs, la situation algérienne post coloniale apparait clairement.

En peu de pages, Ferrandez réussit à évoquer notamment la situation des femmes, le volontarisme des « pieds rouges », ces français venus aider le gouvernement socialiste naissant par opposition aux « Pieds noirs », les harkis, les « Nord-Africains » devenus « Algériens » dans le bidonville de Nanterre. Les pièces d’un puzzle historique et sociologique se mettent en place dans une construction chronologique éclatée mais parfaitement fluide.

Aussi, et surtout, sans aucune caricature, l’auteur met au grand jour les multiples contradictions auxquelles chacun dans son camp doit faire face. Pour ce faire il utilise des personnages connus dans les albums précédents et en créé de nouveaux qui agissent comme des révélateurs de ces contradictions historiques. Privilégier la démocratie ou abattre l’islamisme extrême? Aider les femmes algériennes à se libérer en s’asservissant soi-même? Accepter la présence cachée de la France ou admettre l’implantation des pays de l’Est? La liste est infinie et vertigineuse. L’ouvrage s’arrête en 1992 avec la mort du président Boudiaf et la lutte de l’armée contre les Islamistes vainqueurs des élections de 1991.

En gardant ses qualités de conteur, Ferrandez demeure un formidable passeur historique, qui pour la première fois se dessine en couverture sous les traits d’un personnage de fiction. Comme un lien entre les « deux rives », lui, quittant provisoirement la rive nord pour mieux comprendre la rive sud. Où il est né.

Eric


Un récit d'Ariane Chemin

Éditions du Sous-sol

16,50
par (Libraire)
20 mai 2021

Le disparu volontaire

Qui n'a pas frémi de plaisir en lisant Milan Kundera la toute première fois ?
Ecrivain incontournable de ces quarante dernières années, Milan Kundera serait peut-être notre Salinger français. Celui qui se cache des regards pour mieux protéger son œuvre.
Ariane Chemin dresse le portrait de cet écrivain énigmatique dont on connaît l'œuvre mais pas l'existence. Récit passionnant et fouillé, véritable enquête de terrain, la journaliste a rencontré celles et ceux qui ont fait partie de la vie de Kundera, mais l'écrivain, lui, reste intouchable, reclus dans son appartement parisien, refusant toute interview. Seule Véra sa femme, laissera échapper quelques confidences.
Un récit passionnant qui fait revivre une période de bouillonnement intellectuel dans laquelle Milan Kundera est un acteur majeur.

Mila.


19,50
par (Libraire)
19 mai 2021

Magnifique hommage

C’est une petite ville de 12 000 habitants dans les Hauts de France. Sertie dans le bocage de la « Petite Suisse du Nord », au Sud du Nord, elle ne fait guère parler d’elle. Aujourd’hui, si vous vous promenez dans ses rues, vous n’avez pas l’impression de circuler dans une cité ouvrière de la région, celle des mines et des corons, des usines sidérurgiques. Pourtant quelques bâtiments avec des toits pointus vous rappellent que Fourmies fut un centre de fabriques textiles au 19ème. Ces rues, l’auteur les a parcourues tout au long de sa jeunesse: « Deux fois par jour, quand j’allais à l’école, puis au collège, puis au lycée, je traversais la place où la fusillade a eu lieu. Jusqu’à la fermeture des usines, la quasi totalité de ma famille était composée d’ouvriers d’usine et d’ouvriers en filature (…). C’est de là que je viens ».

Cette place c’est celle où se déroula le 1er mai 1891 une manifestation des ouvriers grévistes du textile qui réclamaient la journée de travail de 8 heures. En fin de journée, un officier de deux régiments d’infanterie cantonnés à proximité ordonne de tirer sur les grévistes. 9 personnes sont tuées et seront élevées au rang de martyr. C’est cette journée que l’auteur raconte.

Inker nous a habitué à l’utilisation de la bichromie: noir et blanc pour « Panama Al Brown » , vert et rouge pour « Servir le Peuple », ou encore bleu et orange pour « Un travail comme un autre ». Il ne pouvait ici faire autrement compte tenu du récit d’utiliser le noir et le rouge, rouge du drapeau français, rouge comme les briques et les murs des usines, rouge comme le sang qui va s’écouler lentement sur les pavés de la place. Le trait est cette fois-ci plus lâche, plus libre comme pour s’adapter aux mouvements d’un peuple en action, comme pour lui donner plus de liberté, celle qu’il réclame en levant le poing. L’utilisation du patois populaire accroit ce réalisme.
Le lecteur vit cette journée au plus près au son des cloches de l’église qui égrènent les heures fatidiques. On découvre des tenues et des visages de soldats proches illustrant « Le cri du peuple » de Vautrin. On défile avec les manifestants, on sent le suint, on rencontre d’inénarrables et odieux bourgeois, mais on s’allonge aussi dans l’herbe pour regarder la beauté du ciel au milieu des coquelicots à la manière du Dormeur du Val. La journée est belle et commence doucement: séduction, couleurs printanières, manifestation traditionnelle, harangue politique, on est dans l’habituel et rien ne présage d’un soir funeste. Maria, la jolie rousse nous entraine derrière elle à la distribution de « papiers », aux retrouvailles avec son amie jusqu’à la cueillette de son Mai. Son Mai, c’est de l'églantine. « C’est tellement beau » lui dit-on. « Mais c’est fragile » répond-elle, fragile comme un jour de printemps qui restera dans l’Histoire, non pour son soleil mais pour le noir de la fumée des cheminées qui continuèrent à cracher ce jour leur souffle. A la demande des patrons. Contre l’avis de la majorité des ouvriers.

Les pages silencieuses apportent des mouvements de poésie dans une tension croissante dont on connait la fin. Pas de suspense, on sait le sort réservé à 9 des manifestants et la BD s’achève brutalement comme un tir de fusil Lebel. « Feu » est le dernier, les pages finales sentent la poudre et la fureur. Sans bruit, sans bulle. Mais avec une tristesse infinie. Par ce récit humaniste Inker confond Histoire et histoire. Il rend au prénom de Maria son nom : Blondeau. Il rend un bel hommage à sa ville et aux personnes qui l’ont constitué parfois en versant leur sang.

Eric


Belfond

22,50
par (Libraire)
18 mai 2021

Un très beau roman

"Hamnet et Hamlet sont en fait le même prénom parfaitement interchangeable dans les registres de Stratford de la fin du XVIe siècle et du début de XVIIe siècle." Cette citation en exergue d' Hamnet, le dernier roman de Maggie O'Farrell, aiguille tout de suite le lecteur car Hamlet (qui ne connait pas les affres du Prince du Danemark?) est une des pièces les plus connues du théâtre occidental. Apprendre qu'Hamnet, le fils de William Shakespeare, est mort à l'âge de 11 ans et que 4 ans plus tard la pièce Hamlet voyait le jour rend le lien de cause à effet encore plus évident.
Peu de choses sont connues de la vie de Shakespeare et la romancière a tissé un très beau roman à partir des quelques données connues. Malgré son thème dramatique et douloureux, la perte d'un enfant, l'auteure se concentre sur le personnage d'Agnès, la mère, jeune femme libre et solaire, guérisseuse et amoureuse, dont la douleur incommensurable nous touche. Maggie O' Farrell s'interroge sur comment une mère et un père ainsi que les soeurs d'Hamnet réagissent, survivent, voire transcendent le deuil de l'enfant.
Le nom de Shakespeare n'est à aucun moment mentionné même si tous les détails de la vie quotidienne de la famille nous ramène à lui. Malgré la dureté des faits, l' univers à la fois enchanté et très réaliste, servi par une écriture poétique et imagée, fait de la lecture de ce roman un moment de plaisir intense.

Sylvie P.