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Bd 2020 A Offrir Ou A …. S’Offrir

BD 2020 A OFFRIR OU A …. S’OFFRIR

Votre librairie préférée a sélectionné pour vous dix BD de cette année particulière. Eclectisme au rendez-vous.

Deux mastodontes pour commencer, deux romans graphiques épais et incontestablement parmi les chefs d’œuvre de cette année 2020.

Une adaptation graphique du roman de Steinbeck, « Des souris et des hommes » par Rébecca Dautremer. 420 pages époustouflantes de créativité, de colorisation rougeâtre, d’émotions peintes dans un dessin éclaté qui éclabousse chaque planche de sa mise en forme chaotique mais ô combien lisible. Il fallait ce talent pour oser raconter cette envie d’un homme de trouver une maison où élever des millions de lapins, pendant qu’il caresse la soie de souris glissées dans sa poche.

Autre poids lourd « La Bombe » de Alcante, Bollée et Rodier. Extrêmement documenté, ce recueil s'intéresse moins aux traces, dans tous les sens du terme, qu'a laissée l'explosion de la première bombe atomique sur la ville d'Hiroshima, le 6 août 1945, qu'à la « mécanique », scientifique, technique, politique, militaire, diplomatique, qui a mené à cette catastrophe. Les acteurs de cette mécanique sont nombreux, qui ont tous leurs raisons. Les auteurs les décrivent simplement sans jugement. La mise en images est à la hauteur de ce récit éclaté et foisonnant: précision du trait, expressivité du noir et blanc, éclatement du cadre de l'image comme métaphore de l'explosion. Une somme inégalable.

Changeons totalement de style, de format avec une autre BD incontournable de l’année: « Peau d’Homme » de Zanzim et du regretté Hubert. Véritable fable moderne, placée dans un passé lointain, la Renaissance italienne, ce récit questionne notre rapport au genre et à la sexualité, à la morale et la religion. Décors épurés, personnages cernés d’un trait noir à l’épaisseur variable, accompagnent cinq chapitres qui forment une sorte de conte libertin ou plutôt de conte de liberté. Incontournable.

Restons dans l’ambiance des contes avec « Géante », une BD logiquement au grand format. Céleste est une femme, une identité qu’elle découvre un jour en se baignant sous une cascade et en observant des traces de sang dans l’eau. Elle ne dispose pas pour autant d’attributs physiques d’une pin-up des temps modernes, dotée de symboles sexuels forts. Elle n’est ni belle, ni laide, elle est tout simplement, femme avant d’être géante. Bien vite elle va découvrir le pouvoir des hommes et l’entrave qu’ils créent à sa quête de liberté. Elle entame alors, tel Ulysse, un parcours qui lui permettra de découvrir puis vivre pleinement sa condition de femme. Un magnifique récit initiatique terriblement contemporain.

Changeons d’époque et de thème avec un coup de coeur en cette année électorale américaine: « L’homme qui tua Chris Kyle ». Chris Kyle, skipper légendaire de l’armée américaine, va se faire assassiner par un ancien marine, sans envergure, sans passé glorieux, Eddie Ray Routh. Enquêtant d’après les documents officiels sur ce fait divers qui bouleversa les Etats Unis, les auteurs tracent un véritable portrait de l’Amérique avec toutes ses contradictions et ses fantômes. Le rôle et la fascination pour les armes, la drogue, le traitement des soldats traumatisés au retour de leurs missions, le culte d’un pays supérieur aux autres, le discours omniprésent de la religion et d’un Dieu omniscient, les médias, leur duplicité financière, sont ainsi exposés à notre lecture. Une BD documentaire exceptionnelle qui se lit comme un polar et dit beaucoup sur l’Amérique de Trump.

Cette année vit aussi la parution du troisième et dernier tome de la BD de Fabien Toulmé, « L’Odyssée d’Hakim ». Fabien Toulmé a rencontré un jeune réfugié syrien qui vit aujourd'hui avec sa famille en France, à Aix en Provence. Dans le premier volume, on découvre sa vie en Syrie, celle d'un homme simple, comme vous et moi. Il est pépiniériste, il ne fait pas de politique. Mais la Syrie est une dictature, il va être arrêté, torturé. En danger, il doit s'exiler. Après le Liban, la Jordanie, nous le retrouvons en Turquie où il tente de survivre avec sa femme et leur bébé. Mais il est difficile de travailler. Il va devoir partir. Encore. Et cette fois, il va traverser la Méditerranée à bord d'un de ces zodiacs en mauvais état, qui n'a pas suffisamment d'essence, sans carte, sans aucun matériel de navigation. Avec l'Odyssée d'Hakim, le mot de réfugié prend chair, on s'identifie à Hakim et sa famille. C'est tout simplement bouleversant.

Autre destin individuel fort celui de Roscoe, personnage central de la BD « Un travail comme un autre » de W. Inker. Dans l'Amérique des années 20, Roscoe est électricien. Il rencontre Mary. Quelques années plus tard, ils vivent dans la ferme de Mary, héritée de son père, mais Roscoe n'a pas du tout l’âme d’un fermier. La ferme est au bord de la faillite. Roscoe a alors l'idée de détourner la ligne électrique existante de l’Alabama Power pour alimenter son exploitation. Mais un soir, le shérif frappe à sa porte. Un grave accident s’est produit à l’endroit de la dérivation… La trichromie de Inker fait merveille dans ce récit tendu et électrique. Un bijou qui évoque l’Amérique de la Grande Dépression.

Autre univers celui de « Aldobrando » avec Gipi au scénario et Luigi Cretone au dessin. Il y’a de la magie dans cette BD. Deux cents pages qui permettent aux auteurs italiens de raconter la vie de ce jeune enfant, Aldobrando, confié par son père à un vieil homme qui aura la charge de l’élever. Devenu jeune homme un peu empoté il va prendre la route pour tenter de trouver l'herbe du loup, la seule qui pourra guérir son vieux maître d'une blessure à l’œil infligée par un chat récalcitrant. Ainsi débute une histoire fantastique dans un monde imaginaire où les surprises succèdent aux surprises.

Aussi énigmatique est la BD de Lucas Harari « La dernière rose de l’été ». Découvert avec « L’Aimant » l’auteur dans un livre écrin grand format magnifique fait du noir avec du rose, lors d’une enquête policière à l’atmosphère étouffante. Avec Rose on se pose au bord de mer, en plein été, en pleine chaleur, les couleurs brûlent les pages, et l’on a presque envie de s’éponger le front à la lecture. Le jaune, le bleu dominent de leur éclatante luminosité et on se demande même si la lumière n’est pas le principal sujet de la BD. Bien entendu, on demeure dans l’énigme policière mais pas celle de Conan Doyle, plutôt à la manière d’Alfred Hitchcock, quand l’atmosphère prime.

La Grande Ourse avait reçu cet été les deux actrices du remarquable « Rita sauvée des eaux » (10) pour une séance de dédicaces où de très nombreux lecteurs furent au rendez-vous. Un succès largement mérité pour ce magnifique récit graphique et autobiographique qui nous plonge au cœur de l'Inde, à la recherche d'une jeune femme sauvée de la noyade 28 ans plus tôt par le père de l'auteure… Celui-ci trouva la mort en la sauvant. Ce récit tragique, jamais larmoyant, est tout au contraire incroyablement lumineux et positif, profondément humain. L'illustration remarquable de légèreté et de justesse, de trouvailles graphiques, contribue à faire de ce livre un grand récit en mots et en images.

Enfin un peu de légèreté avec le tome 6 des « Vieux Fourneaux » (10) pour un opus qui emmène nos trois vieux en Guyane. Lupano et Cauuet poursuivent leurs aventures en maintenant ce ton critique et décalé tout en glissant quelques dialogues à la Audiard mémorables.. Une BD légère, sans prétention. Un bol d’air bienvenu.

Bons choix, bonnes lectures. Et n’oubliez pas tout est disponible chez votre libraire préféré.

Eric Rubert