Ceux qui restent
19,99
12 mai 2018

Ben disparaît un jour de sa chambre, ne laissant aucun indice derrière lui. Les médias s'intéressent à son cas, les parents sont entendus, plaints mais aussi, comme toujours, soupçonnés. Quelques mois plus tard, Ben réapparaît, persuadé de n'être parti que quelques jours. Il raconte les combats qu'il a dû mener contre les monstres, il est clair qu'il ne rêve qu'à un prochain départ. Deux membres de l'AEP prennent contact avec ses parents. Eux le savent, Ben va à nouveau disparaître et quand ce moment viendra, il faudra que les parents soient bien entourés.
Moi qui n'aime pas le fantastique en littérature, cet aspect ne m'a pas dérangée. Parce que sous couvert d'une histoire invraisemblable, les auteurs abordent deux grands thèmes réalistes : le sort qui est fait aux parents de jeunes disparus et le syndrome de Peter Pan, cette envie de ne pas grandir qui dévore, il me semble que c'est le terme approprié, certaines personnes. Et le scénario est sur ce point réussi. Ce qui m'a dérangée, c'est la faiblesse des dialogues. Tentez de les lire à voir haute, parfois, ça sonne vraiment faux. C'est malgré tout une BD que je recommande et si j'ai été un peu frustrée, c'est parce que justement, le scénario est réussi. Les dessins correspondent très bien au thème.

Falaise des fous

Grainville, Patrick

Le Seuil

22,00
29 avril 2018

Ce volumineux roman embrasse presque soixante ans de l'art normand. Notre narrateur vit à Etretat et nous raconte sa vie et surtout ses rencontres amoureuses et artistiques. Entre Mathilde, la parisienne plus vieille avec qui il vécut une longue aventure plus ou moins tolérée par le mari et Anna, la fille dudit mari, avec qui il vécut une autre aventure qui lui valut les foudres du père, il nous parle de ces artistes qu'il a rencontrés ou dont il entend parler dans cette période qui va de 1868 à 1927.
Ce roman est une déclaration d'amour à ma Normandie ou plutôt à celle de Monet, de Maupassant et de Flaubert. On y croise nombre d'artistes qui ont écrit sur et séjourné en Normandie. C'est aussi le reflet d'une époque riche en événements. Grainville réussit un acte littéraire difficile, décrire l'acte de peindre et le résultat. C'est extrêmement précis et documenté sur l'époque et les histoires de cœur, si on peut les appeler ainsi car le narrateur y parle surtout de sexe, en délicatesse et me semble-t'il, surtout par pudeur, ajoutent un soupçon d'âme à ce qui aurait pu n'être qu'une démonstration. La plume de Grainville, que je découvre avec ce roman, est agréable à lire. C'est un roman qui demande d'avoir du temps devant soi et que je recommanderais sans nul doute lors d'un séjour à Etretat. C'est tout de même très dense et certains s'y perdront sans doute. Il faut à mon avis, deux conditions pour aimer ce roman, aimer la Normandie et la peinture.

Dans les angles morts
29 avril 2018

J'aime souvent les histoires qui font la part belle aux maisons et ce roman ne fut pas une exception. Elle relie les Clare et les trois garçons et le destin de ces deux familles maudites. Ce qui les rassemble tous, surtout, c'est un mariage mal assorti parce qu'on le sent très vite, George Clare et sa femme ne s'aimaient plus. Ce roman qui pourrait être classé dans les romans noirs est un roman d'ambiance. On y avance petit à petit, on s'immisce dans ces vies, découvrant les failles des uns et des autres. Soyons honnête, on sent le patte féminine, les failles sont toutes masculines mais ce sont les trois garçons (un enfant et deux adolescents) qui réhabilitent la gente masculine. On sent l'ambiance s'alourdir dans les deux intrigues et la pression que subissent les femmes. Je ne m'attendais pas à une telle fin dans ce roman et j'ai été agréablement surprise. C'est un roman que je recommande, quand on a le temps, car on y entre lentement mais sûrement. C'est l'histoire d'une époque, celle au cours de laquelle les femmes restaient encore souvent à la maison, et celle d'un lieu, l'Amérique rurale. C'est l'histoire de ce qui peut se passer quand il est difficile de quitter une relation néfaste dans laquelle aucune des deux parties ne trouve plus son compte, et du poids qu'on fait porter aux enfants.

A contre-courant

Choplin, Antoine

Paulsen

19,90
30 mars 2018

Coup de coeur

C'est la première fois que je lis un livre d'Antoine Choplin qui n'est pas un roman. Il a décidé de marcher le long de l'Isère, à quatre moments de l'année pour profiter des saisons. Aux réflexions sur le paysage se mêlent quelques souvenirs personnels, des phrases sur la marche mais aussi sur l'écriture. C'est sans aucun doute le livre le plus intime de l'auteur, ou disons celui dans lequel on perçoit le plus d'intime, chez cet auteur qui ne semble jamais se livrer dans ses fictions. Et je l'ai savouré comme il le mérite. Comme avec ses romans, je ne sais pas clairement expliquer ce qui me réjouit, une délicatesse certaine mais aussi une profondeur qui n'a pas besoin d'étalage. Antoine Choplin fait partie de ces auteurs qui sont entrés dans ma vie "sans faire de bruit", ce ne fut pas un coup de foudre mais l'apprentissage, de livre en livre (c'est le sixième que je déguste) d'une plume. Ça rend le lien plus fort d'avoir été tissé avec le temps et surtout, c'est le seul auteur dont je sais à chaque fois que je le lirai. Je mets au défi les marcheurs de ne pas avoir envie de chausser les baskets ou les chaussures de marche à la lecture de ce livre. Le parcours emprunté est très intéressant car l'auteur a parfois traversé des lieux qui ne sont pas ceux des marcheurs, des banlieues, des villes.
Mais éprouver sa propre étrangeté dans l’œil des autres est aussi un agrément. Il éveille le sentiment d'une singularité naissante et qui appelle parfois avec facilité la parole et l'échange.
Comme dans la vie, comme dans l'écriture, il a parfois dû rebrousser chemin et emprunter un autre sentier. Et moi qui invente toujours des vies aux inconnus que je croise (dans les files d'attente par exemple, quand je saisis des bribes de conversation), j'ai aimé les interrogations autour des personnes rencontrées, comme celle qui consiste à se demander pourquoi cet homme qui n'a absolument aucune envie d'écrire, pense qu'il devrait écrire après être sorti d'un coma. Il y aussi ces moments touchants, la manière dont il parle de la collaboration avec les prisonniers sur son festival de l'Arpenteur. Il suffit de passer quelques heures en compagnie de l'auteur pour parfaitement visualiser ce que peuvent être toutes ces rencontres avec les autres, un mélange de chaleur, de délicatesse (oui, c'est un mot qui revient quand je pense à l'auteur et à ses romans) et d'écoute des autres.
Je ne sais pas s'il vaut mieux commencer par ce livre et enchaîner sur un roman ou l'inverse mais j'ai aimé apprendre que l'auteur ne décrit jamais de visages dans ses romans, j'avoue que cela ne m'avait pas frappée.
Il y a dans ce livre un passage très particulier sur lequel j'ai eu envie de poser des questions à l'auteur et j'aurais pu le faire. Mais non, je veux rester avec cette part de mystère, inventer le pourquoi, le mien, celui du lecteur.
C'est un peu long, il faudra m'en excuser mais le temps partagé avec ce livre m'a paru bien trop court et pourtant, je le sais, il était de la durée idéale pour partager quelques pas, sans se lasser, avec l'envie de remettre bientôt, mes pas dans ceux de l'auteur.

Couleurs de l'incendie, Suivi d'un entretien avec l'auteur

Suivi d'un entretien avec l'auteur

Pierre Lemaitre

Audiolib

20 mars 2018

Coup de cœur!

Quand j'écoute un livre, il y a une manière très simple de savoir s'il me plait ou pas, c'est de mesurer mon envie d'enchaîner des activités qui me permettent l'écoute. J'ai ici enchaîné jogging et ponçage de meubles avec un plaisir qui en disait long sur mon ressenti. Et j'ai ri. Ça ne m'arrive pas si souvent que ça en écoutant un livre et surtout, pas aussi fréquemment. Dans l'entretien, Pierre Lemaître se définit comme un feuilletoniste qui écrit des romans populaires. C'est effectivement ce qu'il est, doublé d'un formidable lecteur, et le tout offre de délicieux moments. Alors, il faut accepter d'être dans du grand-guignolesque, les traits de tous les personnages étant exagérés. Et puis, dans un roman tout de même un peu féministe (les personnages forts sont des femmes et d'ailleurs, quand on "discute entre femmes", l'homme accepte de se tenir à l'écart, joli contournement de ce qu'on appelle parfois des histoires de bonnes femmes qui sont là d'une importance capitale), les femmes sont vénales et sans scrupules. Car peu importe le moyen de se venger, tant qu'on se venge, la vengeance étant au cœur de cette intrigue. Mais il faut savoir saisir la délicatesse cachée sous la farce. J'ai par exemple été très sensible au "couple" que Mathilde formera vers la fin avec un autre personnage et à la pudeur qui leur fait travestir une histoire amoureuse en une relation purement sexuelle. Comme toujours, l'auteur s'est documenté et autant que je puisse en juger, maîtrise à la fois la période et les domaines qu'il mentionne. Continuez donc, M. Lemaître, j'écouterai sans aucun doute le troisième tome.