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Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Notre humanité

Ai, Weiwei

Intervalles

12,00
par
16 novembre 2020

Ai Weiwei est un artiste qui s'illustre dans divers domaines : sculpture, installation, photographie... Figure très puissante de l'art contemporain, il fut détenu plusieurs mois en Chine en raison de ses actions et prises de position. Il est le réalisateur d'un documentaire, Human flow, sur la crise migratoire. Le contenu de ce petit recueil compile des remarques, des réflexions tirées d'articles et d'entrevues d'Ai Weiwei sur ce sujet.

65 millions de réfugiés sur les routes ou dans des camps, c'est le terrible chiffre qui masque les individualités, qui fait qu'on n'entend parler que des réfugiés et beaucoup moins d'humanité. Ai Weiwei insiste sur cette idée que nous faisons tous partie de cette humanité : "N'importe qui pourrait être réfugié. Y compris vous et moi. La crise dite des réfugiés est une crise humaine." "Nous formons une seule et même humanité, telle est ma conclusion. Si l'un d'entre nous est blessé, nous sommes tous blessés. Si l'un d'entre nous est joyeux, nous sommes tous joyeux."

Tâche ardue que chroniquer ce genre de livres, qui parfois semble être empli de bons sentiments, qui d'autres fois cite une phrase frappée au coin du bon sens. Et pourtant, ce bon sens fait tellement défaut : "Nous sommes tous des êtres humains. Nous devons chercher à nous faire du bien, à nous aider les uns les autres, plutôt qu'à nourrir la haine." "L'histoire nous apprend que l'ignorance est le point de départ des plus grandes tragédies"

Ai Weiwei réveille nos consciences un peu endormies, anesthésiées à la COVID qui est le principal sujet pour ne pas dire le seul de nos conversations et préoccupations. Ce n'est pas toujours facile à lire, car forcément, ça nous titille sur nos actions, nos propos, nos plus profonds questionnements sur l'accueil et l'aide aux plus démunis, à ceux qui ont tout quitté. Chacun se (re)mettra en question.

"Si les barrières servent à nous diviser, il est important de se rappeler que les êtres humains sont tous fondamentalement les mêmes. Certains sont plus privilégiés que d'autres, mais ce privilège s'accompagne de la responsabilité d'en faire davantage."

"Nous sommes tellement gâtés par la vie contemporaine que nous oublions ceux qui sont encore dans la souffrance et la douleur, et qui ont besoin d'aide."

L'Empreinte de Sang

Xxx

Flamant Noir

20,00
par
16 novembre 2020

Richard Austin Freeman (1842-1943) est un contemporain de Conan Doyle qu'il est difficile d'oublier lorsqu'on parle de roman policier anglais de cette époque. Freeman est considéré comme le père du polar inversé -celui où l'on connaît le coupable dès le début repris et popularisé plus tard dans la série télévisée Columbo.

L'empreinte de sang est la première enquête du trio Thorndyke-Jervis-Polton écrite en 1907. Assez prolifique, Freeman est semble-t-il toujours beaucoup lu en Angleterre et je trouve étonnant qu'il ne le soit pas en France ; seuls quelques titres ont été traduits dans les années 30 et 40 dont icelui en 1933. Tous les ingrédients d'un bon roman policier d'époque sont là : la trahison, l'ambition, l'honneur, l'amour... La méthode de Thorndyke est particulièrement claire et plaisante à suivre et l'on sent que le protagoniste et le deutéragoniste (second rôle) vont prendre de l'épaisseur au cours des prochaines intrigues qui leur seront soumises. Thorndyke est un détective-scientifique qui observe méticuleusement, sans jugement, sans opinion. Il accumule les indices, les détails et ce sont eux qui le mènent vers la solution.

Franchement je me suis régalé. Évidemment, le style n'est pas aussi moderne que les polars contemporains malgré une nouvelle traduction de Gabin Perry alerte et très abordable. Ce côté un peu désuet que la standardisation et la mondialisation de l'écriture de certains polars actuels a gommé est aussi ce qui fait son charme : l'écriture place mieux qu'un décor le récit dans son époque, dans les us et coutumes d'il y a un siècle. Dès lors, point besoin de description de lieux, de façades de maison,... le texte est dédié à l'enquête, à la recherche d'indices et à l'élaboration de la vérité dans l'esprit brillant de Thorndyke.

Quelle belle idée de la maison Flamant noir de rééditer cet auteur méconnu en France qui ne devrait pas le rester longtemps, tant je suis persuadé qu'à la lecture de cette recension, vous allez vous précipiter sur son site ou commander chez vos libraires préféré.e.s -permettez ces points médians car mes libraires préférées sont des filles- cette première enquête du Dr. Thorndyke. Moi, j'attends les autres.

Le sens du calendrier

Nathalie Léger-Cresson

Éditions des femmes-Antoinette Fouque

15,00
par
16 novembre 2020

Le moins que l'on puisse dire c'est que Nathalie Léger-Cresson ne manque ni d'idées ni d'originalité. J'ai découvert son écriture avec À vous qui avant nous vivez, paru aux mêmes éditions Des femmes dans lequel elle nous faisait visiter la grotte Chauvet-Pont-d'Arc. Là, point de visite, c'est un roman à la quasi unité de lieu, l'appartement sous les toits, à part quelques promenades au Luxembourg et en Bretagne.

Dès le début je me posai la question de savoir dans quelle histoire je m'étais embarqué. Du mal à entrer dans un monde entre réalité, poésie, rêve... Et puis, la beauté de l'écriture, le jeu avec les mots, la taille de polices, la mise en page génèrent une certaine attraction voire une attraction certaine. Une partie de la narratrice est dans le rêve, l'invention d'histoire pour surmonter ce difficile passage de sa vie et l'autre est ancrée dans la réalité avec des amis et ses filles qui l'y maintiennent ainsi que ses écrits, même si ceux-ci tutoient l'irréalité, l'onirisme et sont parfois de la pure poésie.

Ce livre est loin, très loin, des polars que l'on ne parvient pas à lâcher, mais il a de commun avec eux cette envie d'aller au bout, une sorte de fascination saine qui donne envie, même si parfois, des phrases semblent absconses. Pour finir, un extrait que j'aime bien, très réel, presque vécu :

"Pendant cinq jours, je m'étais donc appliqué deux gouttes de pivoine toutes les trois heures sous la langue, et sonnai chez ce dentiste inconnu, presque calmement. Malheureusement, entre les manches courtes de sa chemisette et les gants en latex, l'extraordinaire pilosité de ses bras eut sur moi un effet anxiogène immédiat et irrépressible. A croire que chacun de ses poils noirs et hérissés faisait antenne, absorbant mon stress pour le répercuter multiplié à la puissance dix. Une mécanique action-réaction était lancée, un cercle vicieux. J'ai demandé triple dose d'anesthésiant mais après les piquouses, j'ai dit désolée, je ne peux pas aujourd'hui, je ne veux pas qu'on fourrage avec des instruments métalliques motorisés dans ma bouche, dans ma tête, dans moi. Comme je pleurais, il m'a laissée partir." (p. 108)

ON N'ENTRE PAS COMME CA CHEZ LES GENS!

Jansen Jean Pierre

Quadrature

16,00
par
16 novembre 2020

Quinze nouvelles, des histoires d'huissier. Mais un huissier très loin des images de la profession véhiculées par les films ou les livres. Lui, il s'adapte aux gens qu'il a en face de lui, ne dédaigne pas rendre des services et peut même parfois tisser des liens avec certaines personnes chez qui il sonne.

Il croise, certes d'abord des gens pauvres, mais pas seulement. Certains ont dévissé lorsqu'ils ont perdu leur emploi, d'autres dépensent systématiquement un peu plus que ce qu'ils gagnent... De l'ancienne connaissance de lycée, à la mère qui élève seule ses enfants, de l'artiste rêveur au veuf collectionneur, le paysan dépassé par la crise du lait, le prof de violon, l'astronome amateur...

Des histoires d'huissier inédites, touchantes, drôles, émouvantes, étranges. Pour l'huissier en question, les biens matériels sont finalement secondaires, ce qui l'intéresse davantage ce sont les personnes qu'il rencontre et l'aide qu'il peut leur apporter.

Bien agréables à lire ces nouvelles dans lesquelles l'humain est plus important que les possessions. Elles peuvent être drôles, d'un humour, parfois facile : "Après plusieurs livraisons, il m'a demandé si je n'avais pas des livres écrits en grand avec de gros caractères et des interlignes costauds. Un peu comme les Amélie Nothomb, mais avec des trucs plus intelligents dedans" (p.81), mais j'aime bien, bien que n'ayant jamais lu la dame en question. Les chutes sont soignées et n'arrivent pas par hasard. Bref, de la bonne nouvelle.

Une enquête de Victor Dauterive / L'assassin de septembre
par
16 novembre 2020

Sixième tome des aventures du jeune gendarme, de son fidèle Joseph et d'Olympe de Gouges. Davantage espion que gendarme, Victor est le champion pour se fourrer parfois à son insu dans les problèmes. Dans une situation politique particulièrement instable entre des révolutionnaires qui veulent durcir le mouvement comme Marat et d'autres nettement plus modérés, avec les Prussiens aux portes de Paris, des royalistes qui combattent à leurs côtés, des espions de tous les pays, le vol des joyaux de la couronne d'une très grande valeur qui auraient pu servir les intérêts du pouvoir pour gagner la guerre et les massacres que perpétue un certain nombre de révolutionnaires sortant des prisons des opposants et les tuant sommairement (il y a eu probablement plus de 1300 morts à Paris en quelques jours) et les élections de députés à la Convention. Le pays est dans une tension extrême.

Victor paraît en grande difficulté puisque cette fois-ci, on touche à ses proches : son père et son frère, son ami Duperrier mais aussi parce qu'idéaliste, il ne s'accorde que très peu avec les turpitudes des uns et les petits arrangements des autres. Le compromis, ce n'est pas son truc. On se dit parfois qu'il n'apprend pas, qu'il reste impulsif et imprudent et tombe dans des pièges parfois grossiers, mais Victor est jeune et même si l'on en est à sa sixième aventure, ça ne fait dans sa vie à lui que dix-huit mois, trop courte période pour changer ses habitudes. Et en cela, il est humain, il évolue lentement. Il s'inquiète de ses amis : son aide Joseph, petit garçon intrépide et débrouillard et sa grande amie Olympe de Gouges, impétueuse qui se met dans des situations difficiles pour lui, hors ses prises de position orales et écrites très virulentes contre les hommes au pouvoir.

Gros roman de 450 pages qui met du temps à installer le contexte : la guerre contre la Prusse et le front de l'est et qui, comme à chaque fois, est minutieusement documenté sans que cela ne nuise à la qualité de lecture au contraire, il remet en tête les personnalités de l'époque et leurs rôles ; puis les intrigues se collent parfaitement dans le décor pour une lecture qui, si comme moi, vous arrivez aux dernières pages un soir, repousseront votre heure de coucher habituelle. Une vraie réussite que cette série de romans policiers historiques.