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UN AUTOMNE DE FLAUBERT
par (Libraire)
9 février 2020

Une attachante et brillante introduction à Flaubert

"Un automne de Flaubert", court et vif roman, pourrait se lire comme une attachante introduction à Flaubert. Non à l’œuvre de Flaubert bien entendu, mais à l'homme Flaubert, ce géant aux allures de viking, sujet à des accès de terrible mélancolie , accablé par la bêtise de ses contemporains, et que seul sauvent la lecture (celle en particulier de ses chers Homère, Goethe, Rabelais, Shakespeare). Et l'écriture, la rage d'écrire, et l'obsession du beau qui l'accompagne, et peut le conduire à passer une journée entière à peaufiner une seule phrase.
Si bien qu' "Un automne de Flaubert", qu'on peut lire comme une introduction attachante à l'homme Flaubert, est aussi une introduction brillante, et finalement rare, à l'écrivain Flaubert.

Jean-Luc

A l'automne 1875, date à laquelle Alexandre Postel situe son roman, Flaubert est dans une détresse profonde. Des revers de fortune l'on conduit au bord de la ruine, il a totalement arrêté d'écrire. Il ne s'est pas remis de la victoire de la Prusse en 1870, qui pour lui signifie la défaite de la civilisation latine à laquelle il se sent plus que tout autre appartenir, face à « l'abominable combinaison du militarisme et de l'utilitarisme » qu'incarne la Prusse. Il décide alors de retourner en Bretagne, où il a trente ans auparavant marché avec Maxime Du Camp « par les champs et pas les grèves ». A Concarneau plus précisément où son ami le Docteur Pouchet (qui a sa rue à Rouen ) mène des recherches sur la faune aquatique. Et là Flaubert « prend des bains de mer, se promène sur la côte, s'empiffre de homards ». Observe d'un œil circonspect Pouchet disséquer des raies, passe beaucoup de temps à regarder la mer, discute avec la jeune servante de la pension où il s'est installé, dort beaucoup. Et se remet à écrire. Et c'est là où le roman d'Alexandre Postel prend une autre dimension. Après avoir accompagné Flaubert dans son oisiveté, on l'observe à sa table, en train d'entreprendre l'écriture de la Légende de saint Julien l'Hospitalier, conte médiéval que Flaubert, inspiré par un vitrail de la cathédrale de Rouen, avait depuis longtemps en projet,. Et c'est passionnant. On suit Flaubert dans la construction de son plan, puis dans l'élaboration de la première phrase du conte. Et surtout, au long d'un chapitre entier (pour lequel Alexandre Postel s'est appuyé, comme pour le reste, sur une riche documentation qu'il cite à la fin du livre) on voit comment il passe, dans la "scène du pigeon" des quelques mots qu'il a d'abord jetés sur le papier : "pigeon fronde cela lui enfle le cœur", à la scène entière, cinq phrases d'une beauté fulgurante, qu'on ne dévoilera pas ici, bien entendu...
Si bien qu' "Un automne de Flaubert", qu'on peut lire comme une introduction attachante à l'homme Flaubert, est aussi une introduction brillante, et finalement rare, à l'écrivain Flaubert.