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Marie-Pierre F.

Éditions de L'Olivier

22,50
11 octobre 2021

Richard Ford à son meilleur

Pendant une traversée en car-ferry un homme croise le regard d'une femme qui lui rappelle la sienne, qui l'a quitté des années auparavant. Dans un hôtel à la frontière canadienne, à Sault Sainte-Marie (beauté des noms de lieux chez Richard Ford), une femme se souvient du garçon qu'elle a aimé dans sa jeunesse, et qu'elle est partie retrouver quand elle a appris qu'il était en train de mourir. Sur la côte de Nouvelle Angleterre, un veuf s'installe dans la maison de vacances que sa femme et lui ont pensé longtemps acheter du temps où celle-ci vivait encore sans avoir jamais sauté le pas... 
Ce pourrait être sinistre, ou pesant, ou insignifiant. C'est bouleversant.
Richard Ford renoue avec le genre de la nouvelle, dans lequel il excelle, et dont il considère qu'il ne se différencie pas foncièrement de celui du roman. Dix nouvelles donc, dont les titres ("En transit", "La traversée", "En route") disent bien la thématique qui les rapproche : celle du passage. Les personnages, la plupart extrêmement attachants, font l'expérience du passage d'un âge de la vie à l'autre (pour aller vite, car c'est plus subtil que cela), traversent des moments de leur vie où quelque chose bascule, où quelque chose a basculé sans qu'ils s'en rendent compte, où quelque chose est en train de basculer mais où ils font comme si de rien n'était. Et c'est bouleversant, sans doute parce que, sans trop que nous nous le disions non plus, chacun d'entre nous peut se reconnaitre dans l'expérience de ces moments de flottement, faits d'indécision, d'acceptation, d'incompréhension ou de regrets.
Dans la dernière nouvelle du recueil un personnage cite un passage d'un roman d'Henry James, "Portrait de femme". A coup sûr c'est là le modèle dont on a envie de rapprocher "Rien à déclarer". Acuité du regard, finesse d'analyse, pureté du style (il faut saluer la qualité de la traduction de Josée Kamoun) : du Richard Ford à son meilleur.

Jean-Luc

Antonio Tabucchi

Gallimard

24,00
3 octobre 2021

Des nouvelles du grand Antonio Tabucchi

On n'espérait plus avoir de nouvelles d'Antonio Tabucchi, disparu, trop tôt, en 2012. Car oui, Antonio Tabucchi était d'abord un auteur de nouvelles, de merveilleux recueils de nouvelles, "Petites équivoques sans importance" ou "Le jeu de l'envers", avant d'être celui d'inoubliables romans, "Nocturne indien", ou "Pereira prétend" pour lesquels on le connaît surtout.
C'est donc une belle surprise que la publication en français de ces "Récits avec figures", parus en italien en 2011.

Dans son avant-propos Tabucchi explique : "Si par un lointain après-midi de 1965, je n'étais pas entré au Prado, et n'étais pas demeuré "prisonnier" devant les Ménines de Vélasquez, incapable de sortir de la salle jusqu'à la fermeture du musée, je n'aurais jamais écrit "Le jeu de l'envers"... C'est dire la place que tient l'image comme source d'inspiration dans son œuvre.
"Récits avec figures" rassemble une trentaine de textes courts dont l'écriture est née de la contemplation d'une image. Ces images sont bien sûr reproduites dans le livre ; il s'agit d’œuvres contemporaines pour la plupart, peintures, sculptures, dessins, photographies. Le titre italien du livre est "Racconti con figure" : Tabucchi, à partir d'une image, choisit d'abord de raconter, d'inventer une histoire. On redécouvre ainsi, ravi, ce talent de nouvelliste qui n'appartient qu'à lui, l'art qu'il a de déployer un monde à partir de presque rien, une vision, un souvenir, un rêve. Un monde empreint de poésie souvent, de surnaturel parfois, de mélancolie toujours (on serait tenté d'écrire de "saudade" : Tabucchi, qui a vécu et est mort à Lisbonne, est le plus portugais des auteurs italiens. Il vouait une admiration sans bornes au grand auteur portugais Fernando Pessoa, à qui il avait fini par ressembler physiquement, avec sa moustache et ses petites lunettes rondes).
On redécouvre aussi le charme d'une écriture, à la fois précise et fluide (la phrase choisit-elle de s'étendre, qu'on n'en perd jamais le fil), charme qui doit beaucoup, en français, à la traduction de Bernard Comment.
Quelques textes du recueil s'écartent du "racconto", et, sous forme de lettres fictives à l'artiste, constituent de véritables petits essais critiques, brillants, érudits, et pourtant limpides. Ces textes là sont aussi une belle surprise.
Voilà l'occasion à ne pas manquer de lire ou relire, de découvrir ou redécouvrir le grand Antonio Tabucchi !

Jean-Luc