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par (Libraire)
1 mars 2021

Eclairant.

C’est un rectangle blanc. En toile. Berthe Morisot y dépose des touches de peinture, du vert, de l’ocre, du jaune. Apparait peu à peu sous les traces des brosses la silhouette d’un homme, fin, raide, guindé dans sa redingote noire. Elle peint Eugène Manet, son mari depuis quelques mois, le frère du célèbre peintre Edouard. Il est à l’image de l’homme de cette fin de siècle, grand bourgeois, corseté dans un rôle de mari reproducteur, géniteur de la descendance. Le sommeil à la maison, le plaisir dans les bordels. On appelle cela la pudeur.

C’est un rectangle blanc. Une feuille de papier. Mika Biermann y dépose des mots, des mots de couleur, des mots de chaleur, des mots d’ombre et de lumière. C’est l’été, le jeune couple quitte Paris en train pour se rendre à la campagne dans une maison familiale. C’est le moment de quitter les habits de la ville et de laisser la parole voler dans la moiteur estivale. Mots et couleurs se mélangent.

Et puis il y’a Nine, petite et jeune villageoise délurée, libre comme l’air, battue par son père, indépendante et fière, celle dont tous les hommes du village rêvent, y compris le curé dans sa soutane usée. Berthe aimerait bien peindre la sauvageonne, elle est belle, tellement belle sans corset, sans chapeau, sans ruban autour du cou, ce ruban qui fait parfois penser à un collier, à une prison. Alors l’aventure de la peinture, du mystère des touches qui tracent des courbes mais montrent aussi la peau, des pinceaux qui frôlent la toile mais caressent également la courbure d’une épaule, ouvre à Berthe des nouvelles perspectives, de nouvelles expérimentations.
Les nuits, et le noir qui n’est pas noir mais « un savant mélange de bleu, de vert, et de rouge » vont libérer l’imagination de Berthe. A Paris, modèle de celui qui n’était pas encore son beau frère, Berthe est passée de l’autre côté du chevalet. Là, à l’étage, dans la chambre aux fenêtres grandes ouvertes, elle va passer de l’autre côté de la vie. Celui du Plaisir, cet enfant d’Eros et de Psyché.

Aux « petites virgules de peinture », se mêlent les mots de Mika Biermann. Le style magnifique de précision, de poésie de l’auteur avait déjà subjugué le lecteur dans « Trois jours dans la vie de Paul Cezanne ». Il récidive ici faisant d’un simple voyage en train, un moment de poésie pure, d’une baignade dans une rivière, un tableau de Courbet, d’un ciel tourmenté par les nuages un tableau de Corot. Aux touches légères, transparentes de Berthe Morisot, il ajoute la volatilité de ses mots, aux couleurs d’été.

Dans « Berthe Morisot au bouquet de violettes » Edgar Manet peint sa belle soeur figée, vêtue de noir, bourgeoise. Dans son récit l’auteur lui enlève son chapeau, lui dénoue ses cheveux pour les faire couler, telle l’eau d’une fontaine, sur ses épaules nues. Deux images pour une femme d’exception que révèle, plus qu’une longue biographie, un récit magnifique.

Eric

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