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Rencontres

Aujourd'hui

Cet entretien a été réalisé par courriel au cours de l'été 2022 sur la base des questions préparées par les membres du jury.
Du au , La Grande Ourse, librairie café

En janvier 2022, la Grande Ourse a lancé la 1ère édition du Prix de l'Ourse d'or !
Le jury composé de 12 membres devait élire un titre parmi une sélection de 6 romans européens. En juin, le Prix a été décerné, après une délibération passionnée et passionnante, au roman polonais "Les Coeurs endurci"s de Martyna Bunda aux éditions Noir sur Blanc.
Les jurés ont souhaité prolongé l'expérience en posant des questions à l'auteure sur son travail. Voici ces réponses précises et personnelles.

AVEZ-VOUS COMPILE PLUSIEURS TÉMOIGNAGES POUR ÉCRIRE CE RÉCIT ?
Oui, j’ai lu beaucoup de témoignages pour être au plus près de la réalité de l’époque sur laquelle j’écrivais. Mais c’est aussi par mon métier de journaliste que j’ai été exposée à des récits de cette période de l’histoire.

POURQUOI SI PEU DE PLACE POUR LES HOMMES QUI PARTAGENT UN MOMENT DE LEUR VIE ?
Il est difficile pour moi de répondre à cette question, parce que je pense à des douzaines de grands romans qui sont construits autour de personnages masculins et pour lesquels il paraît normal “d’exclure” les femmes. J’ai simplement choisi de montrer une partie de la réalité du monde des "Coeurs endurcis", en espérant que cette réalité-là puisse intéresser autant les femmes que les hommes. Mais surtout, je voulais écrire sur le processus de guérison après des expériences traumatisantes. Or, on ne guérit pas tout seul dans son coin ; pour se relever après un traumatisme, il faut s’entourer de ses proches, comme un filet de sécurité qui vous rattrape au vol. En fait, c’est ce cycle de résilience post-traumatique qui constitue le véritable personnage au cœur de ce roman - plus que les héroïnes elles-mêmes. Quatre m’a paru un nombre de personnages assez évident pour construire ce microsystème familial. Deux, ça n’aurait pas été assez ; et plusieurs autres personnages en dehors de la famille, ça aurait été trop difficile à écrire de façon fiable et intelligible. Et puis, bien sûr, la solidarité entre femmes m’est plus familière et donc plus évidente à raconter que le même type de sociabilité entre hommes, auquel je n’ai pas accès.

LA MAISON DE "LA COLLINE AU VIERGES" EXISTE-T-ELLE ?
Oui, la maison existe, et la Colline aux Vierges également - seulement elles ne sont pas localisées au même endroit ! La maison dont je me suis inspirée est située à quelques kilomètres de Dziewcza Gora (La Colline aux Vierges), au centre du village de Garcz en Kachoubie. Une maison qui ressemble un peu à celle du roman a aussi été construite sur la colline récemment – mais elle n’était pas là durant mon enfance. Et pour la colline elle-même, elle m’a toujours semblé un peu magique… Peut-être à cause de son nom, ou pour d’autres raisons. Il y a plusieurs signes qui indiquent qu’elle est un ancien lieu de culte.

AVEZ-VOUS ÉTÉ MARQUÉES PAR UNE OU PLUSIEURS FIGURES FÉMININES DANS VOTRE ENFANCE? VOTRE VIE ? SOUVENT, ON MET BEAUCOUP DE SOIN DANS UN PREMIER ROMAN ?
Toutes les descriptions de la nature, des animaux, du jardin ou bien de la maison dans le roman sont des références plus ou moins directes à mon enfance. Rozela ressemble aussi beaucoup à ma grand-mère Wiktoria. Pourtant, lorsque j’ai commencé l’écriture de ce roman, je ne pensais pas du tout à ce qu’avait vécu ma famille. C'étaient plutôt les observations récoltées au cours de mes vingt ans de journalisme qui guidaient ma plume : comment un passé trouble peut facilement enfermer une société dans un rôle de victime, et à quel point ce rôle est dangereux. Avec ce livre, je voulais écrire une sorte de formule de guérison. Le roman parle bien des conséquences des traumatismes collectifs, et non de ces traumatismes en eux-mêmes. Et puis, à peu près à la moitié du roman, j’ai réalisé que j’étais en train d’écrire, effectivement, l’histoire de ma famille. Quand j’étais petite, j’ai vu le marquage au fer sur le ventre de ma grand-mère – cette image marquante m’a enseigné bien plus sur le passage des troupes soviétiques que les miettes d’histoire familiale qu’on a bien voulu me raconter. C’est une force étrange que les mécanismes qui nous empêchent de nous confronter à des blessures majeures…

QUELLES SONT VOS SOURCES D'INSPIRATION POUR ÉCRIRE CE ROMAN ?
J’ai travaillé en tant que reporter pendant vingt ans. J’ai visité des centaines de maisons, écouté des centaines d’histoires, toujours avec la même question en tête : comment expliquer que certaines personnes guérissent de leurs traumatismes, et d’autres jamais? Je cherchais ces réponses. On en trouve des échos dans beaucoup de mes articles et de mes interviews. Ensuite, j’ai réalisé qu’à l’échelle des familles et des sociétés, le processus de résilience fonctionne comme au niveau individuel : il faut du temps, et ça ressemble au cycle des saisons. La première étape est violente et glaciale comme un hiver. La deuxième demande le courage de se battre pour vivre et sentir à nouveau - c’est le printemps. Puis, c’est le retour à la vie normale, avec son lot de tempêtes : l’été. Finalement, l’automne s’installe, et avec lui le moment de faire le deuil de ce qu’on a perdu. L’hiver qui suit est plus paisible et calme. Cette structure cyclique m’a semblé adéquate pour le livre. Et comme je l’ai déjà mentionné, à un certain moment j’ai réalisé que l’histoire que j’écrivais me concernait personnellement.

PENSEZ-VOUS QUE, DANS LA POLOGNE EUROPÉENNE, LA VIE DES FEMMES S'EST AMELIOREE ?
L’intégration de la Pologne à l’UE pourrait bien avoir sauvé la vie à de nombreuses femmes. Les droits des femmes et l’accès à l’avortement sont des problèmes contemporains en Pologne, surtout à cause de la position de force de la branche ultra-conservatrice de l’Église. Paradoxalement, d’ailleurs, l’Église tient sa position majoritaire grâce à son soutien en faveur de l’entrée de la Pologne dans l’UE. Cependant, les femmes polonaises bénéficient d’un grand soutien de la part de femmes de part et d’autre de l’UE - l’Allemagne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Belgique et la France. Ce soutien contribue véritablement à sauver la vie de centaines de milliers de Polonaises, leur santé, et leur bien-être psychologique. Ce soutien a aussi été très important pour les manifestations pour les droits de femmes qui se sont multipliées en Pologne ces dernières années - c’est rassurant de savoir que nous ne sommes pas seules, et que l’Europe est avec nous. Sans l’argument de la participation à l’UE, tous ces mouvements n’auraient que peu d’impact. Les jugements rendus par le tribunal de Strasbourg ont de grandes conséquences pour les femmes polonaises. Je pense donc qu’appartenir à l’UE n’a jamais été aussi important pour nous qu’aujourd’hui.

AVEZ-VOUS DES ATTACHES PAYSANNES POUR DÉCRIRE AVEC AUTANT DE RÉALISME LES AMBIANCES, LES ODEURS, LA DURETÉ D'UNE VIE ?
Oui, complètement, je ressens vraiment cet attachement. J’ai d’ailleurs eu recours à un étrange procédé pour écrire Les cœurs endurcis : pour mettre mon imagination dans de bonnes dispositions et pouvoir créer mon univers romanesque, il me fallait m’imaginer au moins quelques instants dans le jardin de ma grand-mère. Je pense que cette enfance – la possibilité de m'allonger directement sur le sol, de marcher parmi les poules, ou parmi les cochons dans la porcherie (chez une de mes tantes qui avait un élevage) – m'a plus façonnée que mes voyages à travers le monde (à une époque, je voyageais souvent, par exemple en Inde).

La Grande Ourse remercie très chaleureusement :

- l’autrice pour les réponses précises et personnelles à nos questions,
- l’éditeur Noir sur Blanc et son agente littéraire Beata Stasinska pour leur médiation,
- Alice de Reviers, étudiante qui a travaillé cet été à la librairie-café, pour la traduction français-anglais,
- les associés de La Grande Ourse qui ont organisé et animé ce Prix : Marie, Eric, Frédéric, Jean-Luc
- les membres du jury pour leur participation, leur engagement et leurs questions !

Plus d'informations

À venir

Tous les événements

Du 17 octobre au 20 novembre
Du au , La Grande Ourse, librairie café

La Grande Ourse est partenaire de l'opération "Donnez à lire" en partenariat avec le Secours populaire et le Syndicat des librairies indépendantes.

L'objectif : offrir un livre à un enfant qui n'en a pas.

Comment participer : pendant un mois, du 17 octobre au 20 novembre, les clients des librairies participantes sont invités à rajouter un livre jeunesse à leurs achats et à le remettre à leur libraire. Ce livre sera offert à un enfant accompagné par le Secours populaire.
Cette année, François Busnel est le parrain de l'opération.


Le , La Grande Ourse, librairie café

RAYON [S]
Rayons les idées noires, et au rayon des bonnes idées choisissons par exemple :
l'atelier d'écriture animé par Florence Levasseur à La Grande Ourse !

Samedi 12 novembre de 14h30 à 17h30.
Participation : 24€

Merci de vous inscrire au 09 82 37 27 70, par email lagrandeoursedieppe@gmail.com, ou lors de votre visite 45 rue Saint-Jacques !

Événements passés

Archives

Le , La Grande Ourse, librairie café

Nous vous proposons un temps d'échanges et de présentation des romans de la rentrée littéraire. L'équipe vous présentera ses gros coups de coeur ! Ils sont nombreux cette année : premier roman, auteur-e reconnu-e, littérature française et étrangère, polar seront au rendez-vous. Vous aussi en avez lu, aimé ? Ils vous enthousiasmés, agacés, chatouillés ? Venez nous en parler.

Un moment convivial où vous pourrez prendre un verre dans notre espace café. Les grignotages sont offerts par la maison ! 🥨🥜

Merci de vous inscrire au 09 82 37 27 70, par email lagrandeoursedieppe@gmail.com, ou lors de votre visite 45 rue Saint Jacques !


Avec Patrick Pécherot
Le , La Grande Ourse, librairie café

Nous sommes très heureuses d'accueillir Patrick Pécherot qui nous parlera de son nouveau roman "Pour tout bagage" paru dans la fameuse Série Noire de Gallimard.

Patrick Pécherot est notamment l’auteur des Brouillards de la Butte (Grand Prix de Littérature Policière 2002), premier volet d’une trilogie sur le Paris populaire de l’entre-deux-guerres, de Tranchecaille (trophée 813 du meilleur roman noir francophone 2009) et de Une plaie ouverte (prix Transfuge du meilleur polar 2015).

📖 Résumé : 1974, cinq lycéens, la tête pleine de rêves fumeux, abattent par erreur un passant alors qu'ils pensaient agir comme leurs héros, les membres d'un groupe anar qui venait d'enlever un banquier espagnol à Paris Lorsque, 45 ans plus tard, l'un d'eux commence à recevoir anonymement le récit de leur histoire, il part à la recherche de ses anciens camarades. Au gré d'une déambulation nostalgique entre passé et présent, le narrateur reconstitue enfin toutes les circonstances du drame. La photographie sépia d'un pan des seventies et leur cortège de fantômes.

***
Patrick Pécherot est une voix qui compte dans le roman noir français. Il explore les fractures de l'Histoire du XXème siècle et ce nouvel opus s'empare d'une période plus récente, les années 1970. Années d'utopies, d'errements, d'impasses, les années 1970 furent riches d'enseignements douloureux pour les personnages du roman. Les modalités de l'engagement sont questionnées, avec bien sûr cette interrogation sur la lutte armée. Un style, un trait acéré pour saisir une époque, à découvrir !


Du au , La Grande Ourse, librairie café

Laurie Lecou artiste dieppoise (designer textile, illustratrice et créatrice d’objets brodés et imprimés) nous fait l'honneur d'exposer ses oeuvres pendant tout le mois de juillet au sein de la librairie !!

Pour la rencontrer, venez au petit vernissage mercredi 29 juin à 18h. Laurie Lecou signera également son roman jeunesse Violante (à partir de 11 ans) édité par l'Ecole des loisirs.

"Elle s'appelait Violante. Elle était arrivée après nous à l'école, et elle restait toujours un peu à l'écart. Avec sa tignasse de cheveux noirs, sa tache rouge sur la joue et son regard de flamme, elle ressemblait à une sorcière. On s'en méfiait, et on s'en moquait. Elle nous inquiétait, et elle nous fascinait. Mais quel était son secret ?"

Site de Laurie Lecou : https://laurielecou.com/