Jean-Luc F.

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L'offrande grecque, Une aventure de Bernie Gunther

Une aventure de Bernie Gunther

Seuil

22,50
par (Libraire)
6 janvier 2020

Avec un pincement au coeur...

13ème et avant dernier roman de la série mettant en scène le personnage de Bernie Gunther, avant la prochaine parution en français de Metropolis, (qui lui sera le dernier, puisque Philip Kerr nous a quittés trop tôt en 2018), L'offrande grecque ne déçoit pas : même rigueur dans la mise en place du contexte historique (qui se déroule ici, pour l'essentiel dans une Grèce de l'après-guerre où les souvenirs de l'occupation allemande sont encore des plaies à vif), même finesse dans la construction de l'intrigue, même ambiguïté des situations et des personnages. Bernie Gunther, le héros, ou plutôt l'anti-héros récurrent de P. Kerr, n'est pas le moins ambigu de ces personnages. Enquêteur de la Kripo (police criminelle berlinoise) au début des années 30, enrôlé à son corps défendant dans la SD, les services de sécurité de la SS, après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, on le serait à moins. Mais la lucidité et l'humour désabusé (et néanmoins ravageur) de Bernie Gunther sauvent, une fois de plus, son humanité, et il est, dans L'offrande grecque plus attachant encore qu'il l'a jamais été.
Faux roman historique (extrêmement documenté. Il est question ici du massacre des Juifs de Salonique sous les ordres du sinistre Alois Brunner, criminel nazi qui n'a jamais été retrouvé), mais vrai roman policier, L’offrande grecque se lit d'une traite, et c'est avec un pincement au cœur qu'on se dit qu'on ne lira plus de romans de ce grand auteur qu'était Philip Kerr.

Jean-Luc

Icebergs
par (Libraire)
6 janvier 2020

A sauts et à gambades

Progressant « à sauts et à gambades » comme son maître Montaigne, Tanguy Viel, dans Icebergs, nous fait voyager non dans la littérature, mais autour de la littérature, s'arrêtant sur quelques parties émergées d'un immense continent. Il est question des livres qu'à inspirés l'expérience de la mélancolie, de l'obsession que peut devenir l'écriture d'un journal intime, de la rencontre improbable et pourtant réelle entre Virginia Woolf et Sigmund Freud, et de cet esthète allemand nommé Aby Warburg, dont le grand œuvre n'est pas un livre, mais une bibliothèque qu'il a constituée sa vie durant, tellement originale et en cela précieuse qu'elle a été déménagée en Angleterre (où elle est toujours) à l'arrivée au pouvoir d'Hitler....
Un petit livre (120 pages), mais un grand bonheur de lecture

Jean-Luc

Extérieur monde
par (Libraire)
14 octobre 2019

Autoportait en voyageur

« Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde (…). Peu avant de mourir, il découvre que ce patient labyrinthe de lignes trace l'image de son visage ». Cette citation de Borges qu'Olivier Rolin place en exergue de son livre décrit exactement le projet d’Extérieur Monde : même s'il n'est pas (on l'espère pour lui) à l'article de la mort , Olivier Rolin veut brosser une sorte d'autoportrait à travers l'évocation des voyages qui l'on construit. Car il est un grand voyageur, autant qu'un grand écrivain, et l'un ne va pas sans l'autre. Comme le peintre s'essaie à des esquisses avant de s'attaquer au tableau, Olivier Rolin fait d'abord semblant de ne pas savoir où il va, si même un livre verra le jour. Il adopte la technique du marabout-bout de ficelle : un trajet aux Açores en avion ouvre une digression fantasque sur les voyages en avion, le souvenir d'une photo au mur du bureau délabré d'une revue littéraire à Saint Pétersbourg ouvre une autre digression sur le goût de l'auteur pour les lieux délabrés (dont son propre appartement parisien). Et ainsi de suite. Il y a là, dès les premiers chapitres, un grand plaisir de lecture, car Olivier Rolin, s'il sait voyager, sait aussi écrire. Et puis au fur et à mesure qu'on avance le propos prend de l'épaisseur, et l'émotion s'installe. Car bien entendu la plupart des voyages qu'Olivier Rolin a faits il ne les refera plus. Et même si le coq à l'âne sert toujours, si l'on peut dire, de fil conducteur, se construit, l'air de rien, une réflexion empreinte de mélancolie sur le temps qui passe, sur ce qui disparaît avec lui, mais aussi une magnifique démonstration qu'au delà de ce qui nous échappe perdure la beauté des choses dont nous nous souvenons, celle des paysages, des sensations, des femmes, des livres aussi, de tous les moments d'intense émotion qui font qu'une vie vaut d'avoir été vécue.

Jean-Luc

Mer blanche

Gallimard

21,00
par (Libraire)
22 septembre 2019

Mélancolique et intense

Roy Jacobsen accorde son écriture au dénuement et à l'âpreté des lieux et du moment où il situe son histoire : des îles perdues au nord de la Norvège, occupées par les Allemands, à la fin de la Seconde Guerre mondiale : dépouillement de la phrase, clarté de la ligne narrative, poésie brute (on admire la belle traduction d'Alain Gnaedig), violence des situations, humanité des personnages, douceur du regard. Tout concourt à faire de Mer blanche un très beau roman, à la fois mélancolique et intense. On pense parfois à la merveilleuse trilogie de l'Islandais Jòn Kalman Stefànsson, Entre ciel et terre, le souffle de la "saga" en moins. Mer blanche est le second volet d'une tétralogie (entamée avec Les invisibles). On attend avec impatience la suite.

Jean-Luc

La Clé USB
par (Libraire)
12 septembre 2019

Du grand art

Jean-Philippe Toussaint a ce talent qui n'appartient qu'à lui de rendre légèrement cocasses, curieusement étranges et vaguement inquiétants les univers les plus banals, ici celui de la sécurité informatique. Lui seul aussi sait, au terme d'une sorte de parcours initiatique dans lequel nous sommes, comme le narrateur, de plus en plus perdus , nous faire basculer avec ce dernier dans une émotion qui nous prend de court et nous serre le cœur.
Tout ça en moins de 200 pages ! Du grand art !

Jean-Luc