Les livres tout près de chez vous !

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Jean-Luc F.

http://www.lagrandeoursedieppe.fr/

Entretiens avec emmanuel resche-caserta

Actes Sud

19,00
par (Libraire)
17 novembre 2021

La façon Christie

William Christie est musicien, claveciniste, et surtout fondateur et chef de l'ensemble Les Arts florissants, qui œuvre depuis plus de quarante ans maintenant au renouvellement de l'approche et de l'interprétation de cette merveilleuse musique qu'est la musique baroque. Américain (même s'il est aujourd'hui naturalisé français), il aura fait plus que bien d'autres pour redonner son faste à la musique française du « Grand siècle ». Héritier des premiers « baroqueux », c'est aussi contre eux qu'il a défini son style propre, ce qu'il appelle « la façon Christie », où l’essentiel semble être de transmettre aux musiciens et au public l'émotion qu'il ressent lui-même.
Il a proposé à Emmanuel Resche, son premier violon, de recueillir et mettre en forme, au fil d'entretiens souvent informels (au sortir d'une répétition , au cours d'un voyage en voiture, ou chez lui, dans sa maison en Vendée), ce qui pourrait être une sorte d'héritage intellectuel et artistique, à côté de la liste impressionnante des concerts, représentations et enregistrements produits par Les Arts florissants.
Ce petit livre se lit d'une traite. C'est intelligent, alerte, passionnant. Les brèves introductions qu'Emmanuel Resche a rédigées au début de chaque chapitre, teintées d'humour, apportent une touche supplémentaire de légèreté. Pour les amateurs de musique baroque c'est un vivant précis d'esthétique. Pour les néophytes une très accessible initiation. Pour tous le portrait attachant d'un grand artiste qui a su garder sa simplicité, aussi bien pour parler de son art que pour vous préparer, en jean et chemise à carreaux, un dîner avec les restes du frigo.

Jean-Luc

La Grande Ourse est heureuse de recevoir Emmanuel Resche-Caserta pour un échange autour de son livre,

le vendredi 26 novembre 2021 à 18h30

Entrée gratuite, merci de vous inscrire au 09 82 37 27 70 ou par email lagrandeoursedieppe@gmail.com. Passe sanitaire obligatoire.

Trois vies vraies et improbables

Rivages

16,00
par (Libraire)
14 novembre 2021

Indomptables Mapuches et quarantièmes rugissants

Claudio Magris est un écrivain voyageur qui ne s'intéresse pas tant aux lieux eux-mêmes qu'à l'imaginaire qu'ils nourrissent. Il ne se déplace pas tant dans un espace que dans une culture, et ouvre des mondes plutôt qu'il ne parcourt le monde. Il en avait fait la merveilleuse démonstration dans « Danube », livre monumental qui embrassait l'histoire et la littérature de la Mitteleuropa et des Balkans en suivant le cours du grand fleuve européen.
Avec « Croix du sud » il nous transporte dans le cône Sud de l'Amérique latine, Patagonie et Terre de Feu. Il choisit de nous raconter trois vies, « improbables et vraies », trois vies d'Européens qui se sont passionnés pour ces terres inhospitalières et y ont lié leur destin : Janez Benigar, aventurier slovène débarqué à Buenos-Aires en 1908, devenu spécialiste de la culture et de la langue du peuple autochtone des Araucans, qu'on connaît mieux sous le nom de Mapuches ; Orélie-Antoine de Tounens, avoué à Périgueux, autoproclamé, en 1860, « Roi d'Araucanie », royaume qui n'aura finalement jamais existé ; et enfin Angela Vallese, religieuse piémontaise arrivée en Terre de Feu en 1880, et que les Indiens Onas prirent pour un manchot, à cause de son habit noir et blanc. Des trois personnages c'est le plus attachant. Elle voue un amour infini aux Mapuches, peuple indomptable qui a affronté les Incas avant les Conquistadors et continue aujourd'hui de résister à l’État chilien. Elle soulève des montagnes pour les sauver. Le livre de Magris est aussi un hommage au Mapuches.
Comme toujours avec Claudio Magris l'érudition est éblouissante, sans jamais être pesante. On croise Jules Verne aussi bien que Darwin, Borgès bien sûr, mais aussi de façon plus surprenante, José Mario Bergoglio, l'actuel pape, qui s'intéressa de près à ces terres et à ses peuples autochtones.
A la fin du livre Magris s'aventure au delà du Cap Horn, sur les eaux furieuses de l'océan austral, peuplées d’îles désolées et de mythes effrayants, jusqu'aux « quarantièmes rugissants » et aux « cinquantièmes hurlants ». Sa prose devient lyrique. On en sort ébouriffé.

Jean-Luc

Ariel Magnus

Éditions de l'Observatoire

20,00
par (Libraire)
25 octobre 2021

Incisif et troublant

Le titre évoque immédiatement le Eichmann à Jérusalem, d'Hannah Arendt, sous-titré « Rapport sur la banalité du mal », paru en 1963, après le procès d'Adolf d'Eichmann, auquel la grande philosophe allemande avait assisté à Jérusalem.
Eichmann, c'est l' « architecte de la solution finale ». C'est lui qui a organisé la logistique de la déportation de millions de Juifs européens vers les camps de la mort, avec l' efficacité qu'on sait. A la chute du Reich il a fui, comme des milliers d'autres nazis, vers l'Argentine, où le gouvernement de Juan Perón les accueillait à bras ouverts. Il a vécu là bas, principalement à Buenos Aires, dans une discrétion toute relative, jusqu'à son enlèvement en 1960 par les services secrets israéliens, et son jugement, puis son exécution, en 1962 à Tel Aviv.
Tout en reconnaissant sa dette à l'égard d'Hannah Arendt, Ariel Magnus reproche à celle-ci de dépeindre Eichmann comme un imbécile, et « de ne pas lui reconnaître la moindre once de l'aptitude humaine qu'elle estimait le plus » [l'intelligence]. Il n'a fait qu'obéir aux ordres, en gros.
S'appuyant sur diverses sources, Ariel Magnus, dans ce qui est d'abord un roman, fait d' Eichmann un médiocre certes, mais qui reste un nazi convaincu. Qui ressasse sa frustration de ne pas avoir mené à bien la tâche qu'on lui avait assignée, purger l'Allemagne de tous ses Juifs. Qui relit l'Histoire à sa manière, transforme le nazisme en conte merveilleux. Qui s'invente une probité à propos de faits anecdotiques, et construit un argumentaire fallacieux qui lui permettrait au cas où il serait jugé de soutenir qu'il n'a pas éliminé des millions de Juifs, mais tout au plus quelques milliers.
Pourquoi s'intéresser à un tel personnage, peut-on se demander ? Parce que ce que cherche et parvient à éclairer, avec talent, Ariel Magnus (lui-même petit-fils de Juifs allemands réfugiés en Argentine et dont le père vouait une haine toute particulière à Eichmann), c'est d'abord, sinon une pensée, du moins un discours, qui mêle déni de réalité, falsification de l'histoire et délire obsessionnel. Appelons cela négationnisme, complotisme, ou tout simplement antisémitisme, et le propos devient alors d'une troublante actualité. C'est la force de ce bref et incisif roman.

Jean-Luc

par (Libraire)
19 juillet 2021

Un plaisir pour l'esprit et pour les yeux

On ne dira jamais assez tout le bien qu'il faut penser de la revue XXI qui confirme, à chacune de ses livraisons, la réussite de la ligne éditoriale qui fait son originalité : donner à l'image une place égale à celle du texte, pas seulement dans la mise en page, mais aussi comme objet et outil de réflexion à part entière sur notre siècle en devenir.

C'est le cas de ce numéro 54 (printemps 2021) : côté images, un émouvant « récit-photo » de Patrick Wack sur le Xinjiang, où les photographies disent, bien mieux qu'un long reportage, l'ampleur des persécutions dont sont victimes les Ouïghours ; un épais dossier sur la place inquiétante prise par la vidéo-surveillance dans nos villes (Nice étant l'exemple le plus emblématique du phénomène) ; un très beau cahier sur le travail de Kong Wollak, artiste cambodgien qui redonne vie aux portraits de famille enterrés (au sens propre) par ces mêmes familles sous la terrible dictature des Khmers rouges qui les avait interdits... Côté texte, ce sont deux écrivains qui sont mis à contribution : Nathacha Appanah, qui a recueilli et mis en forme avec la qualité d'écriture qu'on lui connaît des témoignages de femmes noires qui  « nourrissent, lavent, soignent des corps blancs » et sont pourtant confrontées au racisme de la part de ces blancs dont elles sont les aides à domicile. Et Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui livre dans un entretien quelques belles réflexions sur le voyage et la littérature.
Tout cela n'est qu'un aperçu, bien entendu, et on est, comme à chaque numéro, surpris par la richesse du contenu, La mise en page, belle et inventive, n'est pas en reste. Si bien que lire XXI est un plaisir pour l'esprit mais aussi pour les yeux. C'est suffisamment rare pour être souligné !

Jean-Luc

24,90
par (Libraire)
16 mai 2021

L'ascension de Mussolini comme si vous y étiez

« Un roman total » annonce l'éditeur sur le bandeau rouge qui ceint la couverture du livre. Sans doute faut-il comprendre qu'il s'agit d'embrasser la totalité des événements qui, depuis la fondation des Faisceaux de combat le 23 mars 1919 jusqu'à la confirmation par l'Assemblée de Mussolini au poste de Premier ministre le 3 janvier 1923, ont conduit l'Italie à la dictature fasciste. Embrasser la totalité des événements c'est bien le sentiment que suscite la lecture de ce ces 850 pages passionnantes de bout en bout : adoptant le modèle de la chronique, Scurati fait se succéder de brefs chapitres, qui racontent, chacun, un moment clé de ces quatre années. A la fin de chaque chapitre des documents (articles, lettres, extraits de discours) viennent étayer le récit, même si ce dernier n'a guère besoin d'être étayé, tant l'écriture dans sa précision et sa puissance d'évocation, nous convainc qu'il n'invente rien. Il ne nous épargne rien non plus de la terreur que les squadristi ont répandue dans les campagnes de la Plaine du Pô ou de l’Émilie Romagne, mais aussi à Bologne, Florence, Ferrare : expéditions punitives nocturnes dans les villages, incendies de fermes et de journaux, bastonnades d'ouvriers grévistes, assassinats à coups de gourdins ferrés de paysans « rouges ». C'est une Italie littéralement à feu et à sang que décrit Scurati, en nous plongeant par la force de son écriture dans ce chaos.
Comment en est-on arrivé là ? Comment l’État italien a-t-il pu s’effondrer à ce point et en si peu de temps ? A cette question qui devrait concerner chacun de nous, Scurati ne donne pas de réponse mais fournit au lecteur matière à trouver lui-même les siennes : désespoir des anciens combattants laissés pour compte à la fin de la guerre, ces Arditi qui garniront les rangs des premières Chemises noires, complicité d'une partie des représentants de l’État, démission ou opportunisme des élus, déliquescence d'une gauche minée par ses divisions, lâcheté généralisée. Émergent heureusement de ce désastre moral quelques figures courageuses, dont celle, admirable, de Giacomo Matteoti, député socialiste, qui tiendra tête jusqu'au bout à Mussolini, quasiment seul, avant d'être assassiné.
Et Mussolini précisément dans tout ça ? Là encore Scurati donne des éléments pour se faire une idée du personnage. Loin de l'image grotesque de l'histrion dont on l’affuble souvent, Mussolini apparaît plutôt comme un homme sinistre, opportuniste, manipulateur, pratiquant systématiquement le double discours. Ce n'est pas son génie politique qui l'a servi, c'est la faiblesse de l'adversaire. Scurati achève son roman sur une page glaçante, métaphorique : Mussolini, resté seul dans la chambre des députés qui vient de lui renouveler sa confiance pense pour lui-même : «Ils ne comprennent rien à ce qui se passe. Ni les uns ni les autres. Ils ne comprennent pas que je fais (...) ... des chatons aveugles enveloppés dans un sac ». Tout est dit.

Jean-Luc