Pour suivre notre actualité, les rencontres d'auteurs, les ateliers, les coups de coeur... abonnez-vous à la newsletter de La Grande Ourse !

Conseils de lecture

24,95
par (Libraire)
22 juin 2022

Passionnant, instructif, touchant

Quelle joie de retrouver Fabien Toulmé ! A La Grande Ourse, on l'adore ! De "Ce n'est pas toi que j'attendais" en passant par "L'Odyssée d'Hakim", "Suzette"... nous sommes charmés par ce nouveau roman graphique "En lutte".

L'auteur nous livre une oeuvre engagée, tendre, pleine d'empathie. En lutte, c'est l'histoire de 3 femmes dans 3 pays, le Brésil, le Bénin et le Liban. Des femmes qui luttent pour une vie meilleure, plus de justice et d'égalité, de démocratie. Passionnant, instructif, touchant.

Vanessa et Eric


16,00
par (Libraire)
22 juin 2022

Vertigineux

Nous avions pris une claque avec Le Démon de la Colline aux Loups qui a révélé la naissance d’un écrivain.

Dimitri Rouchon-Borie passe le plus clair de son temps dans les tribunaux, qu’il appelle « la justice ordinaire », celle des tribunaux correctionnels, des comparutions immédiates. De ces heures dans les prétoires, il reconstitue une forme d’humanité. Il donne à entendre l’indicible, l’incompréhensible, l’extraordinaire caché dans l’ordinaire.

C’est l’histoire de personnes que l’on ne rencontre guère, ces êtres transparents, ces « gens de peu » dont on ne peut dire si il faut les plaindre ou les moquer. Beaucoup sont des déclassés, des sans amour, des alcooliques, des drogués, pour qui le tribunal en comparution immédiate est une étape connue d’un parcours habituel. C’est la France des tournées de la Bac du samedi soir, celle des heurts de voisinage, du racisme ordinaire, de la bêtise ordinaire. De la détresse ordinaire. Même les magistrats sont à dimension humaine, sidérés parfois par ce qu’ils entendent et les avocats ne sont pas les ténors médiatisés. Ils, elles essaient de défendre l’indéfendable au nom du droit et du respect dû à chaque individu. L’auteur ne prend pas partie, il révèle ce qu’il appelle « les plaies de la vie ordinaire » et nous laisse le soin de tenter de les panser, de les penser.

Chronique complète :

Nous avions pris une claque. Une sensation de vertige. La lecture de « « Le Démon de la Colline aux Loups », cette plongée dans les ténèbres, avait révélé la naissance d’un véritable écrivain.

On ne peut comprendre les livres de l'auteur, Dimitri Rouchon-Borie, si on ne sait qu'il passe le plus clair de son temps dans les tribunaux, non pas pour des procès retentissants mais pour ce qu’il appelle « la justice ordinaire », celle des tribunaux correctionnels, des comparutions immédiates. De ces heures dans les prétoires, il reconstitue une forme d’humanité. Il donne à entendre l’indicible, l’incompréhensible, l’extraordinaire caché dans l’ordinaire. La quatrième de couverture dit à juste titre que Fariboles est dans « la lignée de Raymond Depardon et de sa 10 ème Chambre » dans laquelle le cinéaste a posé simplement sa caméra et filme en plans fixes les accusés. Dimitri Bouchon-Borie remplace la caméra par les mots, ses mots et s’il ne transpose pas la réalité objective, il nous la montre plus concrètement, plus réellement. Les mots sont essentiels dans une salle d’audience. Ce sont eux qui sont les premiers marqueurs sociaux, eux qui définissent extérieurement un être mieux que son attitude ou ses vêtements.

« Je suis le bouquet mystère » dit un inculpé, plus sûrement le bouc émissaire d’un milieu social où l’on ne dispose pas du vocabulaire nécessaire pour s’intégrer. Que l’on ne s’y méprenne pas, ce livre n’est pas un recueil de bons mots, une sorte de « Brèves de tribunaux » même si certaines scènes prêtent parfois à sourire tant le réel dépasse l’imaginable. Le presque criminel côtoie l’insignifiant, la colère presque assassine bordure un problème de circulation. C’est l’histoire de personnes que l’on ne rencontre guère, ces êtres transparents, ces « gens de peu » dont on ne peut dire si il faut les plaindre ou les moquer. Beaucoup sont des déclassés, des sans amour, des alcooliques, des drogués, pour qui le tribunal en comparution immédiate est une étape connue d’un parcours habituel.
C’est la France des tournées de la Bac du samedi soir qui nous est dite, celle des heurts de voisinage, du racisme ordinaire, de la bêtise ordinaire. De la détresse ordinaire.

Même les magistrats ici sont à dimension humaine, sidérés parfois par ce qu’ils entendent et les avocats ne sont pas les ténors médiatisés. Ils, elles essaient de défendre l’indéfendable au nom du droit et du respect dû à chaque individu. L’auteur ne prend pas partie, ne dit rien d’autre que sa vérité, celle des attitudes, des expressions, des à côté de la salle du tribunal. Il révèle ce qu’il appelle « les plaies de la vie ordinaire » et nous laisse le soin de tenter de les panser, de les penser.


Emilio Sánchez Mediavilla

Anne-Marie Métailié

20,00
par (Libraire)
9 juin 2022

Rendez-vous en terre inconnue

Le Festival Etonnants voyageurs a donné le fameux Prix Nicolas Bouvier 2022 au livre "Une Datcha dans le Golfe" du journaliste espagnol Emilio Sánchez Mediavilla aux éditions Métaillié.
Ce qui a attiré mon attention car j'aime les récits de voyage, et quel voyage ! En lisant ce récit, on pense aux romans graphiques de Guy Delisle qui accompagnait sa femme en Birmanie, en Corée du Nord, à Jérusalem...
Avec autodérision, l'auteur nous raconte ses années passées dans cette petite monarchie du Golfe, Bahreïn. Qui connait ce confetti relié à l'Arabie saoudite par un pont ? Quelques milliardaires, quelques expatriés et de nombreux esclaves... Ce livre est un véritable rendez-vous en terre inconnue. Et si l'auteur a le sens de l'humour, il décrit avec précision la situation des habitants dans ce pays autoritaire, celle des journalistes et des opposants, celle des travailleurs étrangers, situation qui s'est aggravée suite aux printemps arabes et aux manifestations sur la place de la Perle.

Un récit atypique, sympathique et instructif.

Vanessa


18,50
par (Libraire)
7 juin 2022

Le génie créateur

Lorsqu'en 1843 Victor Hugo perd sa fille adorée, c'est une déflagration.
Le chagrin est tel que Victor Hugo n'a plus la force d'écrire.
Il lui faudra plusieurs années avant de recommencer à écrire et c'est dans la poésie que son chagrin s'exprimera le mieux.
Thierry Consigny, touché lui aussi par la perte d'une enfant, livre ici un roman tout en pudeur sur la perte et la puissance de la poésie.
Victor Hugo inconsolable devient alors un esprit révolutionnaire et deviendra un fervent défenseur des droits humains.

Un superbe roman à ne pas manquer !

Mila


28,00
par (Libraire)
1 juin 2022

Magistral !

Six cases sur fond blanc. Six cases comme une cellule. Six cases pour enfermer un jeune homme de 18 ans, pour l’enfermer dans la torpeur. Encore plus, dans l’incompréhension.
Six cases silencieuses, magnifiques où Tripp est en train de penser, de redouter l’inimaginable. Il s’assied. Il lève la tête vers le plafond. Ou le ciel. Il se lève. Se rassied. Son petit frère de 11 ans, Gilles est en train de mourir. Est déjà mort. Dans un accident de la route, fracassé par un chauffard sur le marche pied d’une roulotte, sur la route heureuse de vacances familiales en Bretagne dans la chaleur de l’été 76.

Il est des moments de l’existence, graves, drôles ou intimes où les mots sont insuffisants, incomplets ou de trop. Alors le dessin devient indispensable. Tripp nous avait déjà ébahi avec sa manière de raconter sa sexualité dans les deux premiers tomes d’Extases et une nouvelle fois son trait dit tout du drame intime dans des cases silencieuses sur lesquelles on s’arrête de longues secondes comme s’il nous laissait le silence pour mettre nos propres mots en place. Des mots ou des cris. Ou des pleurs. Le dessin comme métaphore, le noir pour le vide, la couleur pour le retour à la vie. Nous aimerions tant, nous aussi, avoir ce talent pour dire en images combien cette BD hors normes nous a touché, ému, bouleversé.

Puisque nous ne disposons que de pauvres syllabes, tentons avec leur insuffisance de dire que quarante cinq années après l’accident Tripp reprend l’histoire du 5 Août 1976 et la mène jusqu’à aujourd’hui. Il confronte ses souvenirs et l’invraisemblable processus de la mémoire aux témoignages de sa mère, de ses frères et soeurs. Il remonte le temps. Celui de la main de son frère sur le marche pied de la roulotte, qu’il lâche un instant, l’instant du fracas d’un corps sur la carrosserie d’une voiture à contresens.

Mais plus qu’une Bd sur la mort c’est une histoire de la suite que raconte Le petit frère: « C’est un livre sur le deuil, sur l’après, sur la vie qui continue » déclare l’auteur car si on comprend et on accepte la mort d’une personne âgée à la vie remplie, personne n’est prêt à celle d’un enfant. Des scènes du recueillement familial aux pages inoubliables de l’enterrement, le lecteur suit « l’explosion filmée au super ralenti » d’une famille marquée par le cynisme d’un procès odieux, l’absence de compassion chez le coupable. Chacun manifeste à sa manière son deuil et son désarroi: mutisme pour la mère, obsession pour le père qui multiplie à l’infini les dessins du portrait figé de Gilles, silence pour Dominique l’autre petit frère mais, pour tous, quarante plus tard la découverte du sentiment individuel de culpabilité: une main lâchée, une pensée détestable avant l’accident, une présence à vélo derrière la roulotte. Chacun avoue enfin s’être lesté d’un poids trop lourd.

On dit d’un écrivain qu’il a du style, que son écriture est fluide, autant de termes applicables au récit illustré de Tripp qui choisit les bons moments, les bons mots, les bonnes séquences sur lesquels il appose des dessins graphiquement magnifiques et justes: zoom, plongée, contre plongée, plan fixe répété, cases silencieuses qui se suivent comme des séquences cinématographiques, autant de procédés qui nous amènent aux moments forts. Comment expliquer sinon le poids d’une image représentant l’arrière des crânes et des cheveux des personnes se pressant au cimetière, image précédée de cinq pages muettes qui disent l’atmosphère comme un long plan séquence?

Que le lecteur se rassure l’auteur ne nous impose pas un pathos. Lui qui craignait « un récit intellectuel » avec « les violons et les grands orchestres » a réussi son pari d’imposer un rythme et une tonalité à hauteur du drame, à hauteur de femmes et d’hommes. Car après tout il faut survivre, plus ou moins bien. On compose. On se ferme parfois dans une boîte, en position foetale.

Et puis la vie revient, le couvercle de la boîte s’ouvre, et la route de l’accident devient colorée, bordée de fleurs estivales. Deux ans et cinq jours de travail, d’écriture et de dessin pour passer du noir et blanc à la couleur. Et pour que la main tendue à Gilles, puis lâchée le jour de l’accident devienne une main tendue au ciel et aux nuages. Deux ans et cinq jours pour que la mémoire d’un petit garçon de 11 ans, espiègle et beau comme un ange soit préservée. A jamais.