Conseils de lecture

De la tyrannie, Vingt leçons du XXᵉ siècle

Vingt leçons du XXᵉ siècle

Gallimard

9,50
par (Libraire)
19 novembre 2018

De notre responsabilité

Timothy Snyder, grand historien américain, spécialiste du XXe siècle européen, du stalinisme et du nazisme, livre ici ses réflexions, écrites dans l’urgence après l’élection de Donald Trump, sur l’avenir de la démocratie. Il le fait sous forme de « leçons », étayées pour chacune d’entre elles par un exemple pris dans l’histoire du XXe siècle, et brillamment exposé. Ces leçons prennent la forme simple de préceptes, ou de principes, que nous pourrions trop facilement oublier. Un exemple ? : « Prendre soin de notre langage ». Pourquoi ? Pour éviter de répéter ce que tout le monde dit. Comment ? En se « dissociant de l’internet, en lisant des livres ». Un autre exemple ? « Défendre les institutions ». Pourquoi ? Parce que « les institutions ne se défendent pas elles-mêmes, et tombent l’une après l’autre si elles ne sont pas défendues ». Comment ? En, votant, « tant qu’il est encore temps », en lisant les journaux, et encore mieux en s’y abonnant, pour les faire vivre.
Des leçons simples, presque évidentes, et qui pourtant nous éclairent de façon parfois fulgurante par leur évidence même sur notre responsabilité de citoyens. A lire de toute urgence.


par (Libraire)
19 novembre 2018

Ma sorcière bien-aimée....

En s’appuyant sur l’histoire terrible des « chasses aux sorcières » qui tuèrent, sur le bûcher, sous la torture, ou simplement de mauvais traitements dans les geôles, entre 50 et 100 000 femmes dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècle -histoire qu’elle retrace utilement dans un longue introduction- Mona Chollet dresse le portrait-type des femmes qui aujourd’hui, dans nos sociétés, pourraient incarner l’image fantasmée de la « sorcière ». A savoir la femme indépendante –célibataire ou veuve-, la femme sans enfant, et la vieille femme. C’est notre propre regard sur ces femmes qu’interroge ce bref essai, à la fois limpide et percutant, et où l’approche féministe ne prend jamais le pas sur la rigueur du propos.


La serpe / roman

Jaenada, Philippe

Points

8,90
par (Libraire)
16 novembre 2018

Comme au Cluedo...

Dans La Serpe, une enquête minutieuse et toute personnelle, Philippe Jaenada rouvre le dossier d’un triple assassinat commis dans un château de Dordogne en 1941.
On sort de la lecture de La Serpe comme une crêpe (bretonne bien évidemment). Pendant la moitié de l’ouvrage, on cuit d’un côté. Brusquement le cuisinier (ou l’auteur) nous retourne et on cuit sur l’autre face. Au final on est à point, complètement saisi par un « roman » qui, comme un polar vous prend dès les premières pages pour ne pas vous lâcher avant les six cents dernières.

Car comme au Cluedo, il faut retrouver un assassin en passant par le « petit salon », la « cuisine », ou le « grand salon ». Seulement à la différence du jeu de société, l’histoire à reconstituer est une histoire réelle qui s’est déroulée en octobre 1941 dans un château de Dordogne et qui a défrayé des décennies durant la chronique des faits divers. Trois commis dans une nuit où seul Henri Girard, fils et neveu de deux des victimes, était présent.

L' enquête pourrait être pesante et ennuyeuse, mais cela serait sans compter sur les multiples digressions, souvent humoristiques de Philippe Jaenada . On suit l’inspecteur Jaenada – Colombo dans sa voiture, on se promène dans les rues de Périgueux, on rentre dans des bars et on boit quelques whiskys (pas trop quand même), on fait la connaissance d’Ernest son fils (sympa le fils, comme un fils quoi).
En 2018, on est affligés de la médiocrité et de la mauvaise foi des investigations menées (on est au temps du recensement des toiles d’araignées pas des traces d’ADN). Au bout de la balade, le ton devient plus sérieux et grave : en se rendant sur les lieux, dans des pièces qui ont connu l’horreur, on perd tout à coup cette distanciation que le temps a créé. On s’approche des êtres et de leur âme. Peut-être a-t-on accroché une certaine vérité ? En tout cas on est à la fin d’un long tunnel et on découvre la lumière, celle du matin celle qui fait du bien. Où la rosée a remplacé le sang. Et la probable vérité une vaste mascarade destructrice.

Un grand, grand livre, unique.


Racontars arctiques / l'intégrale

Bonneval, Gwen de

Sarbacane

29,90
par (Libraire)
14 novembre 2018

Une BD qui pétille !

En cette période hivernale, une BD formidable vous réchauffera le coeur. Elle se passe pourtant dans le Nord Est du Groenland mais l’humanité et l’humour de personnages perdus dans la nuit polaire alimenteront vos zygomatiques. « Racontars Arctiques », contes moraux et drolatiques revigorants.

Cette Bd est avant tout une collection formidable de personnages hirsutes, déglingués ou ravagés aux nez proéminents, aux ventres dégueulant, aux fronts plissés de soucis ou d’inquiétude. Des trognes inoubliables. Ils s’appellent Valfred, Anton, Lodvig, Herbert ou encore William le Noir. Ils vivent seuls, totalement isolés, dans le Nord Est Groenland et sont sortis du vécu et de l’imagination du romancier danois Jorn Riel, qui passa 16 années dans cette région dans le cadre d’expéditions scientifiques, pour en tirer une oeuvre littéraire mondialement reconnue.

Hervé Tanquerelle au dessin et Gwen de Bonneval au scénario réussissent parfaitement dans une sarabande, drôle et poétique à nous faire pénétrer la vie intérieure d’individus, curé d’enfer ou peintre sans crayon, amoureux de coq ou Comte déclassé, qui cherchent dans l’obscurité polaire à survivre à la solitude et à l’absence de cet être fantasmé: la femme.

« Emma, tiens, c'est comme si elle était faite qu'avec des beignets aux pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge. »

Les histoires s’enchainent les unes après les autres, comme des fables de La Fontaine, révélant au bout de quelques pages des morales que le lecteur s’inventera lui même.
La BD pétille, naviguant entre poésie et tendresse, drôlerie et âpreté. C’est vivant, gai, revigorant. Les personnages sont dessinés avec un trait précis et rigoureux. Mais lorsque les hommes, las de solitude, partent en traineau pour raconter de nouvelles histoires à d’éloignés voisins, le dessin se fait ample et flou, de vastes lavis noir et blanc d’encres de chine, rendent majestueux des paysages où les ours blancs côtoient les phoques.

Racontars arctiques nous ramènent ainsi au temps des veillées de chez nous, celui où la parole et le silence valaient de l’or, au temps des relations humaines riches et fortes. Alors,« pourquoi pas se fader une bouteille ? On y voit un peu plus clair quand on a sifflé une bouteille entre copains. » Y voir plus clair pour avoir chaud au coeur. On y revient.


Filles du djihad

Éditions du Sonneur

19,00
par (Libraire)
4 novembre 2018

Un beau roman qui aborde des questions complexes

Un roman qui prend la forme d'un témoignage, qui nous interpelle, celui de Jamilla partie "faire le djihad" en Syrie avec son amie Ameena.
Deux adolescentes musulmanes qui vivent dans un quartier du nord de l'Angleterre et qui vont se radicaliser, être entrainées en Syrie par une femme rencontrée sur les réseaux sociaux.

C'est un roman très intéressant, prenant et non dénué d'humour, qui se lit d'une traite. Il permet de se mettre à la place de ces jeunes filles, de réfléchir sur les raisons de leur départ. Lorsqu'elles découvrent la réalité, il est trop tard. Trop tard, vraiment ? Peut-on revenir, à quelles conditions ?
Toutes ces questions sont abordées dans ce beau livre de Tabish Khair.