Conseils de lecture

Pirate n 7

Arfi, Élise

Anne Carrière

15,00
par (Libraire)
7 février 2019

Remarquable de justesse, effarant aussi...

Elise Arfi, avocate au Barreau de Paris, est avocate commise d'office pour défendre le "pirate n° 7".
Pendant 4 ans, elle relate et décrit la bataille qu'elle livre pour défendre au jour le jour un jeune somalien mineur ; dans le système judiciaire et carcéral français.
Remarquable de justesse, effarant aussi...

La Grande Ourse reçoit Elise Arfi le 19 avril à 18h !!!

Sylvie


CELINE

Actes Sud

22,80
par (Libraire)
7 février 2019

Original et bien ficelé.

Une enquête à rebondissements pour retrouver un homme disparu depuis plus de 20 ans...
Enquête menée par un couple improbable ! Tendre et malicieux.
Un roman original et bien ficelé. Laissez vous tenter !

Sylvie


Le sport des rois
24,00
par (Libraire)
6 février 2019

Gigantesque !

Un roman gigantesque qui parle de chevaux, d’équitation. Mais pas que. Un roman gigantesque qui parle du racisme et de misogynie, d’encolure et de cou, de poitrine et de poitrail. Un roman américain qui à travers trois générations de fermiers du Kentucky raconte le Noir et le Blanc. Un deuxième roman magistral et déboussolant de Claire Elaine Morgan.

C’est comme un film en cinémascope avec les couleurs des projections des années soixante. C’est un paysage paradisiaque qui semble figé depuis des millénaires: Paris, Paris dans le Kentucky, cet « endroit qui se glorifie de fournir un esclave à chaque homme blanc ». La véritable immobilité c’est celle des petits points noirs que l’on distingue, disséminés dans le paysage. Ce sont des femmes et des hommes qui sont là depuis la fin du 18 ème siècle, qui ne bougent pas, qui prolongent la vie de leurs ancêtres car la génétique et l’expérience doivent mener l’existence vers la perfection. Une expérience qui dit que les blancs sont supérieurs aux « Négros », que le Klan d’une certaine manière aide à la justice.

Si l’on regarde longuement l’image on s’aperçoit qu’elle constitue une fresque, qui raconte une histoire, celle de trois générations de propriétaires blancs, racistes, misogynes, certains de leur supériorité issue de la sélection naturelle.
Pour animer cette fresque, faire bouger les choses, il faudra une femme. Henrietta, fille de Henry. Une Forge bien entendu. A la moitié de cet énorme roman, un jeune homme noir, Allmon Shaughnessy, jeune garçon d’écurie, va bouleverser l’ordre des choses. Dans un monde d’équitation et de cheval, qui s’entrecroise avec l’histoire de l’esclavage, des boxes vont s’ouvrir, des perspectives nouvelles se proposer. Un jour naît chez les Forge la plus belle des pouliches que la Terre ait porté. Elle est noire. Comme un symbole. Elle est belle, magnifique. Comme le corps de Allmon que Henrietta désire au plus profond d’elle même. Des corps que Catherine Elaine Morgan décrit magnifiquement, des muscles qui vivent et respirent lors d’un débourrage ou lorsque Henrietta exige d’Allmon son amour. Des corps en mouvement et sans mensonge, annonciateurs d’une rébellion brusquement nécessaire.

Cet énorme roman fleuve, à la lecture nécessairement attentive, est large, ample, liquide, dévalant la pente comme l’Ohio, ce fleuve qui sépare les pays d’esclavage des états de liberté.
C.E Morgan nous fait traverser ce torrent d’eau, nous faisant flotter, suffoquer parfois, mais parvient finalement à nous faire traverser ces trois cent soixante seize mètres d’une frontière, pour atteindre le sol ferme. Alors on s’ébat, on se sèche après tant d’impétuosité. On reste plein de questions et on se demande si le monde a vraiment changé au cours de ces décennies sous les coups de violentes ruades alors qu’un fermier accoudé au comptoir se demande à haute voix: « Je crois que le pardon et l’amour c’est la même chose. Pas vous? ».

Eric Rubert.


Shakespeare ou la lumière des ombres, Un portrait subjectif

Un portrait subjectif

Desclée De Brouwer

19,00
par (Libraire)
6 février 2019

Shakespeare : une initiation

Victor Hugo qualifiait Shakespeare de « panier percé du génie ». Eugène Green, qu'on connaît surtout comme cinéaste et spécialiste du Baroque, nous fait entrer, ici, dans cette œuvre monumentale s'il en est, qui constitue à elle seule un monde, qu'est l’œuvre de Shakespeare.
C'est érudit, mais brillant, parfois exigeant, mais souvent vif et enlevé, et toujours très personnel , en particulier quand l'auteur aborde les questions de la poésie, de la diction, et de la traduction. Une initiation, dans le meilleur sens du terme.

La Grande Ourse a eu le plaisir de recevoir Eugène Green, dans le cadre de son partenariat avec l'Académie Bach, lors de la sortie du livre, en janvier 2019.

Jean-Luc


Les muselés

Sainz de la Maza, Aro

Actes Sud

8,80
par (Libraire)
1 février 2019

Un flic décalé et surprenant.

Après l'immense succès du roman policier « Le Bourreau de Gaudi », Aro Sàinz de la Maza, avec "Les Muselés" rentre dans le Gotha des écrivains espagnols. Avec son inspecteur Milo Malart, un flic décalé et surprenant.

Le plaisir de lecture est énorme et le suspense tient vraiment jusqu’à la dernière page.

Qui est il ce Milo Malart pour mériter l’attention de milliers de lecteurs? Comme nombre de ses collègues fictifs c’est un personnage mal à l’aise avec la vie. Taciturne à tendance schizophrénique (!) il agit uniquement par intuition en faisant confiance à son « antenne parabolique » dont se moquent ses collègues. Invivable, asocial, soumis à des rêves intolérables, il se balade avec un mal être qui le renvoie à son enfance douloureuse, marqué par la séparation d’avec ses parents, la violence de son père retrouvé. Et ce gêne de folie, que son frère perpétue et dont Milo craint l’héritage. Une seule rédemption pour l’inspecteur: chaque matin à l’aube se baigner dans l’eau de la mer comme une manière de se laver des horreurs du jour à venir. Rituel accompagné de la lecture du journal, de l’horoscope et d’un repas éternellement identique. Il est LE sujet principal de ce polar, lui qui a sa manière si particulière de résoudre l’enquête: prendre la place d’un morceau du puzzle, s’y infiltrer et raisonner comme si.

Mais Milo est aussi une pierre de cette ville qu’est Barcelone, ville envoûtante et sacrificielle. Avec « Les muselés », on découvre la Barcelone de la crise de 2008, qui laisse des milliers de personnes dans la misère prêtes à tout pour survivre mais obligées de se taire comme le dévoile le titre. Milo lui aussi serait prêt à renverser le monde pour vaincre ses terreurs et les enquêtes n’ont pas pour seul but de trouver un assassin mais aussi de décrire une Espagne rangée au côté des nations en voix de déliquescence. Il y a un caractère politique aux images de Milo, celui des services publics abandonnés, des riches toujours plus riches, des pauvres toujours plus pauvres mais ces constats, qui peuvent paraître banals sont mis en exergue par des intrigues que ne sauraient renier les meilleurs polars.

On attend avec impatience un troisième tome.

Eric Rubert.