Conseils de lecture

Le Chant du monde
22,00
par (Libraire)
19 février 2020

Un cri magnifique

En adaptant le roman de Giono, « Le Chant du Monde », Jacques Ferrandez popularise une oeuvre romanesque essentielle. Il met magnifiquement en images des mots et des paysages. Remarquable.

 « Le Chant du Monde est un immense poème romanesque où Giono (…) tourne le dos à la modernité qui l’a mis en miettes en 14. C’est un livre lumineux » écrit Emmanuelle Lambert dans son remarquable « Giono Furioso ». Lumineux c’est justement le qualificatif qui convient au dessin et aux couleurs de Jacques Ferrandez, cette lumière qu’il sut magnifier dans ses « Carnets d’Orient » avec Alger la blanche ou encore dans les paysages méridionaux de ses adaptations des oeuvres d’Albert Camus.

Elle éclate partout la lumière dans cette Bd qui, même située par l’écrivain dans un pays imaginaire, renvoie aux paysages des Alpes omniprésents dans l’oeuvre de Giono. Il y’a la Durance, Sisteron, dans ces décors que Ferrandez étale sur des doubles pages magnifiques comme si ces paysages étaient l’essentiel de l’oeuvre. De grands dessins à l’aquarelle finement ciselée pour remplacer les mots du romancier, les descriptions imposantes de la nature. On y voit la magnifique blancheur hivernale, la tendre douceur printanière ou l’orange feuillage de l’automne. Ces aquarelles sont le socle du travail de Ferrandez. Dessus, superposées, viennent s’ajouter des vignettes modestes, petits espaces dans lesquels se racontent des choses moins importantes: la vie des hommes. Soumise à la pluie, aux saisons, au vent, aux torrents, elle est modeste mais lourde. Elle lutte à la fois contre les grands éléments et contre les passions.

Le Chant du Monde est d’abord celui de l’eau qui charrie le bois coupé dans la montagne, c’est celui de la rivière où vit Antonio, « L’homme à la bouche d’or », qui un jour décide d’aider Matelot, un vieillard, à retrouver son deuxième fils aux cheveux rouges. Commence alors un périple qui va mener les deux hommes sur les terres d’un chef local omnipotent à la manière d’un seigneur du Moyen Âge, Maudru, un terrible chef bouvier, dont les hommes de main comme les personnages de Sergio Leone portent de longs manteaux devenant des silhouettes de western, un genre auquel Giono faisait référence lors de l’écriture de son roman publié en 1934. Ce périple va amener les deux hommes à rencontrer une jeune aveugle en train d’accoucher dans un pré, un vieux guérisseur philosophe perdu sur ses choix moraux, la mère de la route, une galerie de personnages secondaires à qui le dessin de Ferrandez donne une profondeur extrême. Mais ce sont les femmes qui donnent toute la puissance à l’oeuvre. La fille de Maudru prête à défier toute sa famille et son histoire pour vivre avec un homme qui lui a promis une maison isolée dans la montagne. Clara l’aveugle, qui aurait voulu qu’Antonio la connaisse « avec ma jupe rouge qui bouge autour de moi comme du blé mur », indépendante, fière. Toutes deux aspirent à assumer leur vie, leur sexualité sans dictat masculin. Elles sont les véritables héroïnes, les hommes se contentant d’être, forts, musculeux, violents.

Ferrandez qui blanchit souvent l’arrière plan de ses cases, lorsque la nature n’intervient pas, pour donner plus de poids à ses personnages, a su garder de Giono les phrases clés, magnifiques, merveilleuses, celles qui dépassent une époque ou un lieu, qui donnent la parole à ces êtres ensorcelés par leur naissance. En gardant l’essentiel, le dessinateur donne à voir le style du romancier.Le texte de l’écrivain est bien présent et s’impose sur les pages.
Jacques Ferrandez rend dans son adaptation un hommage formidable à une oeuvre littéraire majeure. Sylvie Giono avait donné facilement son accord au dessinateur pour l’adaptation. La fille cadette du romancier ne doit sûrement pas aujourd’hui regretter son choix. Et nous lecteurs, non plus, tant Fernandez demeure un formidable « passeur ».

Eric


Le consentement
18,00
par (Libraire)
19 février 2020

Poignant

Avant même la rencontre et la relation destructrice avec GM, ce livre est un témoignage infiniment poignant d'une petite fille vivant dans une détresse et une solitude abyssales...
Où sont les adultes ?? sensés élever, "éduquer" l'enfant au sens étymologique à savoir "ex-ducere" : guider.
Cette histoire fort médiatisée est ici très bien écrite !

Sylvie


Disparaître, roman
18,00
par (Libraire)
18 février 2020

Récit haletant

C'est la première fois que je me plonge dans un roman de Mathieu Menegaux (auteur de "Je me suis tue", "Un fils parfait" et de "Est-ce ainsi que les hommes jugent ?") et je ne suis pas déçue !
Roman court, dense, nerveux qui se lit d'une traite. Roman noir ? Plutôt mélancolique. Le destin de deux personnes, qui vont s'aimer, et qui s'enfoncent inexorablement. Leurs décisions, leurs choix, vont les mener jusqu'au point de non retour, comme s'ils étaient aspirés par le fond. Haletant.

Vanessa


8 kilomètres
19,00
par (Libraire)
13 février 2020

Epoustouflant !

Huit kilomètres c’est la distance parcourue en 1995 entre deux massacres commis par un adolescent de 16 ans dans le Var. Une distance que Bruno Masi dans son ouvrage remarquable parcourt. Pour comprendre et expliquer.
De manière passionnante, l’auteur décrypte ainsi les raisons de l’amnésie collective qui frappera cet évènement, bientôt supplanté, une semaine plus tard, par l’assassinat par les forces de l’ordre du terroriste Khaled Kelkal. Aucun voyeurisme dans l’enquête de Masi, aucune excuse. Simplement la volonté de comprendre le fonctionnement d’un adolescent différent des autres par son caractère, son affect familial.
« 8 kilomètres » n’est pas un pamphlet ou une charge contre les médias. C’est un froid constat qui veut redonner un sens à la complexité des évènements, des existences. A la complexité des êtres. Au lieu de déterrer des cadavres comme le craint une intervenante, Bruno Masi leur redonne vie et évite l’oubli.

Eric.

23 septembre 1995: Soliès-Pont une petite commune du Var proche de Toulon. Eric Borel, 16 ans, assassine son beau père, son demi frère puis sa mère dans leur maison familiale. Il leur tire à bout portant avec une 22 Long Rifle avant de s’acharner sur leurs corps. Il sort dans la nuit, marche 8 kilomètres, attend le lever du jour, demande à voir son ami Alan, le tue froidement. Il poursuit sa marche dans le village de Cuers et tue 12 autres personnes avant de se donner la mort, en se tirant une balle dans la tête. Voilà pour les faits bruts. Ce massacre est la deuxième tuerie par son importance en Europe au cours du XX ème siècle, derrière les assassinats commis par Anders Brevik à Oslo et sur l’île d’Utoya.
Pourtant cet évènement n’a laissé que peu de souvenirs dans la mémoire collective. Pourquoi ce silence? Cet oubli? Bruno Masi, comme précédemment Yvan Jablonka avec son exceptionnel « Laëtitia » va essayer de comprendre 25 ans plus tard ce mutisme collectif et de reconstituer ce qui s’est réellement passé ce week end de fin d’été dans un village comme des milliers d’autres en France. Pendant trois ans, l'écrivain va rencontrer les intervenants de l’époque, des intervenants qui ont été oubliés par la gendarmerie, la justice, la presse et dont les paroles, si elles avaient été recueillies dans les temps nécessaires, auraient déroulé une histoire violente, brutale mais aussi compréhensible dans une logique d’un mal de vivre adolescent exacerbé. S’infiltrant dans les erreurs du passé, Bruno Masi, démonte les rouages d’une information à chaud, qui commence à devenir une info en continu. Soucieuse de sensationnalisme les rédactions parisiennes contredisent parfois leur reporter sur place privilégiant la « folie », la « démence », l’acte irrationnel. Ce mécanisme parfaitement décrit convient finalement à tout le monde, y compris aux habitants de Cuers qui hier comme aujourd’hui préfère fermer les yeux et oublier. La description d’un jeune déséquilibré pris d’un accès de folie n’ a aucune conséquence pour la société qui à cette occasion n’a pas à se regarder dans un miroir.

De manière passionnante, l’auteur décrypte ainsi les raisons de l’amnésie collective qui frappera cet évènement, bientôt supplanté, une semaine plus tard, par l’assassinat par les forces de l’ordre du terroriste Khaled Kelkal.

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, et s’appuyant sur des témoignages irréfutables et concordants, le récit reconstitue la chronologie exacte des faits, expliquant ce qui a troublé dès le début l’auteur, c’est à dire ces 8 kilomètres parcourus par Eric Borel et ces 11 heures écoulées entre le meurtre de sa famille et celui de son ami Alan. Une distance et un temps écoulé qui auraient du à l’époque poser question et balayer toutes les élucubrations émises. On comprend alors le processus de la tuerie, la « logique » du tueur, la chronologie des faits. Aucun voyeurisme dans l’enquête de Masi, aucune excuse. Simplement la volonté de comprendre le fonctionnement d’un adolescent différent des autres par son caractère, son affect familial.
« 8 kilomètres » n’est pas un pamphlet ou une charge contre les médias. C’est un froid constat qui veut redonner un sens à la complexité des évènements, des existences. A la complexité des êtres. Au lieu de déterrer des cadavres comme le craint une intervenante, Bruno Masi leur redonne vie et évite l’oubli.


UN AUTOMNE DE FLAUBERT
15,00
par (Libraire)
9 février 2020

Une attachante et brillante introduction à Flaubert

"Un automne de Flaubert", court et vif roman, pourrait se lire comme une attachante introduction à Flaubert. Non à l’œuvre de Flaubert bien entendu, mais à l'homme Flaubert, ce géant aux allures de viking, sujet à des accès de terrible mélancolie , accablé par la bêtise de ses contemporains, et que seul sauvent la lecture (celle en particulier de ses chers Homère, Goethe, Rabelais, Shakespeare). Et l'écriture, la rage d'écrire, et l'obsession du beau qui l'accompagne, et peut le conduire à passer une journée entière à peaufiner une seule phrase.
Si bien qu' "Un automne de Flaubert", qu'on peut lire comme une introduction attachante à l'homme Flaubert, est aussi une introduction brillante, et finalement rare, à l'écrivain Flaubert.

Jean-Luc

A l'automne 1875, date à laquelle Alexandre Postel situe son roman, Flaubert est dans une détresse profonde. Des revers de fortune l'on conduit au bord de la ruine, il a totalement arrêté d'écrire. Il ne s'est pas remis de la victoire de la Prusse en 1870, qui pour lui signifie la défaite de la civilisation latine à laquelle il se sent plus que tout autre appartenir, face à « l'abominable combinaison du militarisme et de l'utilitarisme » qu'incarne la Prusse. Il décide alors de retourner en Bretagne, où il a trente ans auparavant marché avec Maxime Du Camp « par les champs et pas les grèves ». A Concarneau plus précisément où son ami le Docteur Pouchet (qui a sa rue à Rouen ) mène des recherches sur la faune aquatique. Et là Flaubert « prend des bains de mer, se promène sur la côte, s'empiffre de homards ». Observe d'un œil circonspect Pouchet disséquer des raies, passe beaucoup de temps à regarder la mer, discute avec la jeune servante de la pension où il s'est installé, dort beaucoup. Et se remet à écrire. Et c'est là où le roman d'Alexandre Postel prend une autre dimension. Après avoir accompagné Flaubert dans son oisiveté, on l'observe à sa table, en train d'entreprendre l'écriture de la Légende de saint Julien l'Hospitalier, conte médiéval que Flaubert, inspiré par un vitrail de la cathédrale de Rouen, avait depuis longtemps en projet,. Et c'est passionnant. On suit Flaubert dans la construction de son plan, puis dans l'élaboration de la première phrase du conte. Et surtout, au long d'un chapitre entier (pour lequel Alexandre Postel s'est appuyé, comme pour le reste, sur une riche documentation qu'il cite à la fin du livre) on voit comment il passe, dans la "scène du pigeon" des quelques mots qu'il a d'abord jetés sur le papier : "pigeon fronde cela lui enfle le cœur", à la scène entière, cinq phrases d'une beauté fulgurante, qu'on ne dévoilera pas ici, bien entendu...
Si bien qu' "Un automne de Flaubert", qu'on peut lire comme une introduction attachante à l'homme Flaubert, est aussi une introduction brillante, et finalement rare, à l'écrivain Flaubert.